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Les TIC peuvent-elles apporter du mieux ?

esanté Castres Mazamet image003Université e-Santé – Castres-Mazamet du 4 au 6  juillet 2012

De Lorme PhilippePhilippe de Lorme

directeur d’hôpital (DA CHU de Rouen)

responsable de la rubrique télésanté – philippe@hopital-territoires.eu

Pour la 6e année consécutive, 500 personnes, acteurs de la e-santé /télémédecine originaires de l’Hexagone, mais aussi européennes (G-B, Italie, Espagne, Allemagne..) se sont retrouvées dans les locaux de l’école d’ingénieurs d’ISIS sur la campus du technopole de Castres-Mazamet pour débattre et échanger du suivi des personnes fragiles à domicile, de la dépendance, du marché de la e-santé, de la télésanté, mais aussi d’éthique et technologies.

Comme chaque année, il serait ambitieux de rendre compte exhaustivement des résultats de ces journées toujours riches d’enseignements et de prospectives alternant conférences plénières et ateliers spécialisés donnant lieu à une remise de trophées.

L’originalité et la force de cette manifestation est de savoir et pouvoir mobiliser année après année tous les acteurs concernés ciblés sur une thématique TIC donnée rassemblant institutionnels, professionnels de santé, chercheurs, doctorants et industriels dans des espaces collaboratifs.

Le constat sociodémographique vieillissant actuel et les enjeux à venir en matière de prise en charge sanitaire et médicosociale des populations (prise en charge de proximité, désenclavement géographique, désertification médicale…) n’est plus à démontrer. Cette situation nous oblige impérativement à revoir nos organisations, nos structures et nos pratiques.

E_sante_2012_LF08016La prise en charge de la dépendance et le soutien à domicile, thématique centrale retenue cette année, vue sous tous ses aspects, a mis l’accent sur les technologies de repérage en amont et de suivi de la fragilité en s’appuyant sur les centres experts du CNR. Les TIC font désormais partie de notre écosystème qui reste à modéliser.

Plusieurs problématiques sont posées: avec les TIC, « comment apporter du mieux » à une patientèle captive âgée et croissante qui doivent combiner :

– cohérence entre systèmes d’information et bases de données,

– l’utilisation des technologies pour la plupart mobiles issues des sciences des capteurs (exemples de « biofeedback » : détection de la dégénérescence maculaire, des escarres, de postures chez les paraplégiques, de déficits respiratoires, d’arythmies sinusales, d’anomalies nycthémérales….)

l’ensemble améliorant la prise en charge de handicap retardant d’autant un glissement vers la dépendance et l’entrée en institution

Il ressort des témoignages issus de groupes de recherche et de retours d’expériences associant professionnels de santé, ingénieurs, techniciens, informaticiens, ergothérapeutes, sociologues, collectivités, mécènes…que tous apportent leurs compétences et collaborent à la construction de scores composites associant et jonglant avec plusieurs indicateurs.

Exemples: poids (ex : balances intelligentes ), équilibre, préhension palmaire (ex : « grip ball »), vitesse de marche (ex : accéléromètres sur téléphone mobile…)

Le but étant de d’établir une corrélation entre divers index de fragilité et diverses fonctions physiques permettant de mesurer un état de fatigue et d’handicap.

esanté Castres Mazamet DSCN2694Des applications sous forme de « jeux sérieux » (« serious games ») commencent à voir le jour avec pour objectif que la personne soit acteur de son état. (concept de « patient expert »)

La mise en perspective et l’exploitation des résultats de toutes ces recherches collaboratives alimentent les réflexions relatives à l’habitat intelligent pour la santé et l’autonomie (applications en domotique et robotique) et au développement de dispositifs mobiles de saisie de données à distance (cf M-Health).

Dans le contexte actuel que rencontrent nombre de pays, comment passer d’une convergence de scores empiriques à une valorisation et validation médicale de ces nouveaux dispositifs tout en prenant en compte un temps d’acculturation et d’appropriation par les professionnels de santé ?

Pour le directeur du CNR Santé à Domicile et Autonomie, la solution sera humaine avant tout. Mais il est évident que le numérique aura toute sa place progressivement, même si le développement industriel d’applicatifs demeure encore modeste face à l’absence de modèle économique. Le marché est pourtant évalué à plusieurs milliards d’euros.

La tendance est de vivre le mieux possible et le plus longtemps à domicile. Il convient de prioriser actions de prévention (ex : les chutes dont les conséquences financières pour la collectivité se chiffrent par millions d’€ / an) et gestion des compensations tout en renforçant la place du soin à domicile.

Un nouveau socle des politiques publiques est en train de naître, « nous sommes au bout d’un système », il y a une vraie opportunité avec son train de conséquences en terme de recherche et innovation, de création de valeur, d’emplois et de nouveaux métiers.

Un consensus se dessine. L’avenir devra associer plus l’usager, les offreurs et les financeurs pour une « co-création interactive ». Le développement des usages conduiront à des « co-créations » de solutions, d’où les concepts de « living lab » et/ou « d’autonom lab » basés sur une connaissance fine des besoins de l’utilisateur.

Intermédiation et innovation accéléreront la modélisation du progrès basée sur une culture de consortium.

L’UE affiche sa volonté d’avancer dans ce vaste challenge préconisant leadership dans la conduite de projet et convergence de réseaux communicants interropérables entre acteurs, une meilleure coordination et une plus grande place à l’organisation, aux études d’évaluation médico-économiques mais aussi sur les services rendus ciblant un juste équilibre entre le « technopush » issus des offreurs de technologies et les besoins / usages et attentes exprimés remontant du terrain.

La recherche et développement translationnelle  conduira progressivement à des solutions personnalisées. Les prescripteurs doivent devenir préconisateurs.

Néanmoins, hormis des résultats prometteurs issus de nombreuses applications expérimentales s’entourant de facto de tous les facteurs de succès y compris en ressources mobilisées, la question se pose quant à leur pérennité quand elles s’arrêtent.

Ne faudrait-il pas dégager des financements ad hoc favorisant et renforçant leur évaluation dans le temps ?  du moins pour les plus prometteuses ?

De façon générale, il est (sera) incontournable l’amélioration des organisations sur un territoire associant tous les acteurs à l’élaboration de cahiers des charges dans les phases de co-conception des projets et la construction de l’action.

La technologie doit s’adapter aux usages

Un regard philosophique ne nuisant pas à la santé, les rapports entre l’éthique et les technologies n’ont pas été absents des débats.

En effet, les TIC envahissent notre vie et suggèrent un nouveau système de valeur.

Nous sommes entrelacés entre deux mondes, l’un réel et l’autre numérique s’alimentant réciproquement. Veillons cependant à ce que le monde numérique ne l’emporte sur le réel.

esanté Castres MazametCrédits photos Laurent FrézoulsL’accroissement des technologies biomédicales induit une « révolution industrielle » de la prise en charge en soins. Mais dans le domaine de l’éthique, le soin signifie: accorder de l’importance, appliquer des compétences, assurer de la consistance mais aussi nécessite du temps. Prendre soin des autres passe par prendre soin de soi. Le tout technologique ne doit pas remplacer le temps de soin.

Une logique « tout technologique » seule basée sur une relation homme/machine type « command and control » nuirait à l’éthique, de même qu’une désinstitutionalisation des compétences.

L’hôpital classique « usine de production de soins » est remis en cause face aux exigences d’information et un pouvoir citoyen réaffirmé.

Quel type de proximité relationnelle souhaitons nous d’un acte de télémédecine ? Quelle acceptabilité sociale et individuelle attendons nous ?

Les usagers créent de la valeur humaine avec les TIC.

Sur le plan collectif, la place doit être laissée au  » collaboratif » et sur le plan individuel à :

 » l’humilité « .

 » Ethos  » signifiant  » comportement « , l’éthique n’a pas de leçons de morale à donner.

A quand  » l’homo sapiens technologicus  » ?

Comme annoncé en début de ces quelques lignes, 5 trophées de la e-santé ont été décernés: Médecin Direct pour le projet Sympad (suivi d’un patient chronique en pharmacie), Association EchoSanté pour le projet Resater (installation de 9 stations de visioconférence pour des séances de télémédecine et de téléformation), Projet Aqsitania concernant le traitement de signaux respiratoires, un carnet de vaccination électronique intelligent du Groupe d’études en Préventologie ( Castres Mazamet Technopole et la Mêlée Numérique), l’Association Ikare pour le projet MucoPlay (« serious game » qui s’adresse à des patients atteints de muscoviscidose).

Citons que le cru 2012 a abouti également à la signature de deux nouvelles conventions européennes, avec Mataro en Catalogne (le TechnoCampus et l’Université technologique).

En conclusion, le changement d’ère, de modèle et de société que nous vivons font que les problématiques de la e-santé sont sociétales. Nous vivons une révolution.

« Le corps médical et les instances de gouvernance sont elles en capacité de se remettre en question et de relever le défi ? »

Les problèmes à résoudre sont urgents.

CATEL mai 2012 : retour de l’ATA

De Lorme PhilippePhilippe de Lorme

directeur d’hôpital (DA CHU de Rouen

responsable de la rubrique télésanté –  philippe@hopital-territoires.eu

Similitudes et échanges de vues

CATEL_logo2010_miniatureUn réel volontarisme

Initiée par le CATEL (Réseau de compétences en télésanté), une délégation de plus de 20 personnes de l’hexagone, s’est rendue à San Jose en Californie à l’occasion de la Convention annuelle de l’ATA (American Telemedecine Association) réunissant plusieurs milliers de participants du monde entier (5 000) ainsi que de nombreux pays (250 exposants), dont la Chine, La Corée et Taïwan.

Notons l’ampleur que prend la place des TIC en santé, dont la télémédecine, dans les politiques et systèmes de santé et des préoccupations qu’elles engendrent, débattues et largement similaires d’un continent à l’autre.

Citons globalement les difficultés à mobiliser les acteurs de santé, une modélisation médico-économique qui reste à affiner, dont les aspects coûts/efficacité, la prise en charge financière des actes prescrits et leur remboursement, le manque d’évaluations cliniques afin d’évaluer le service médical rendu. D’un point de vue technique, les aspects interopérabilité entre réseaux de systèmes d’informations, leur sécurisation et l’identitovigilance sont d’actualité.

CATEL TELEMEDECINE H&T 1Néanmoins, aucun ne souhaite revenir en arrière ce qui témoigne d’un réel volontarisme malgré les difficultés persistantes. Tous conviennent que la télémédecine devrait avoir un impact incontournable dans de nouveaux modes de prise en charge des populations, urbaines ou rurales, mais aussi dans de nouveaux processus relationnels à inventer entre médecins / patients.

La relation dite face to face s’estompe. L’explosion des plateformes mobiles (i-phone, smartphone..) associée à une multiplication des sites web d’information en santé et de consultations en ligne amène les médecins à redéfinir leur responsabilité face à ce phénomène sociétal et aux décisions médicales à prendre face à des situations perçues comme urgentes ou non et par voies de conséquences à revisiter leurs protocoles de prises en charge.

Les préoccupations du moment s’articulent autour de la valorisation médicale de l’acte, la qualification de la dépense, la justification des investissements ramenés aux gains de productivité dégagés, la qualité de prise en charge et la satisfaction des patients et enfin la protection de la vie privée. Notons que le nombre de réadmissions / patient en hospitalisation peut être assortie de pénalités pour l’établissement.

Parmi les dizaines de domaines d’applications présentes

(télépsy, télécardio, téléophtalmo, télédermato, télé-orthopédie, télédiabète,…sans omettre des expériences en milieu carcéral ou en institutions de longue durée) le marché de la télémédecine est une réalité et un challenge partagés par les industriels.

Ces derniers avancent néanmoins quelques préoccupations réelles. En sus de se heurter à de vrais problèmes organisationnels des établissements désireux de s’investir dans des projets de télémédecine et de leur pilotage, sont soulignées leurs difficultés à élaborer leur schéma économique (business plan) par manque de vision à long terme et leurs interrogations quant aux mesures d’encouragement incitant les professionnels de santé à se mobiliser.

La télémédecine deviendra-t-elle à terme un nouveau standard de soins ? – La question a été posée et il était judicieux que des Français impliqués dans le développement de la télémédecine et de la télésanté sur le terrain aient pu faire ce déplacement à l’ATA.

TELESANTE 2012 affiche

CATEL 2012