Archives de catégorie : Ethique et déontologies

De l’affaire Lambert à l’affaire Bonnemaison

Labayle DenisDr Denis LABAYLE
praticien hospitalier honoraire
écrivain (romans Noirs en blanc et A Hambourg, peut-être...)
denis@hopital-territoires.eu

 

Fin de vie : Combien faudra-t-il encore de cours d’assises et de recours en Conseil d’Etat pour faire voter une loi que le peuple réclame ?

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Quand homo sapiens devient surhomme

DIDIER Jean-Pierre
Pr Jean-Pierre DIDIER

professeur des universités

praticien hospitalier honoraire

jean-pierre@hopital-territoires.eu

 

Homo erectus, Homo abilis, Homo sapiens, Homo robocopus ….

Avec les progrès technologiques l’homme réparé n’est plus un mythe. Il existe aujourd’hui un véritable catalogue de pièces détachées qui transforment les perspectives de soins en permettant de retrouver une fonction altérée voire disparue par la faute de facteurs pathologiques délétères. Une telle révolution jette même le trouble chez les biologistes qui ne peuvent plus répondre à la question de la limite de la longévité humaine.

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1er congrès francophone de la médecine de la personne Poitiers 28-29 mars 2014

CONVERGENCES HP 141-20

La médecine centrée sur la personne s’oriente vers la pratique de la médecine (la santé globale de la personne, pathologies et aspects positifs compris), pour la personne (pour aider la personne à réaliser son projet de vie), par la personne ( les cliniciens exerçant en tant qu’êtres humains avec des compétences professionnelles et un code d’éthique personnel) et avec la personne (en équipe et en collaboration avec le malade qui consulte).

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Une insulte aux praticiens hospitaliers !

Dominique MATHIS
dominique@hopital-territoires.eu

 

Les médias se sont largement fait l’écho du conflit judiciaire entre, d’une part les parents, une sœur et un demi-frère de Vincent Lambert, un tétraplégique en état de conscience minimale depuis cinq ans, et d’autre part sa femme, d’autres frères et sœurs et les praticiens du service de soins palliatifs du CHU de Reims ayant agi dans le cadre d’une procédure collégiale. Car les premiers s’opposent à son euthanasie passive (par arrêt de l’alimentation et de l’hydratation) décidée par les seconds.

Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne devait décider, aujourd’hui 15 janvier. Mais à la fin de l’audience Jean-Jacques Louis, président du tribunal a indiqué que la décision sera prise demain afin de « prendre le temps de la réflexion dans ce dossier complexe. C’est la première fois qu’un tribunal doit trouver un sens opérationnel à la loi Leonetti ».

Déjà une euthanasie passive avait été engagée au printemps 2013, mais Vincent Lambert avait dû être réalimenté à la suite de la saisie en référé du tribunal administratif par ses parents.

Je ne me permettrai pas ici de préjuger quelle sera la décision du TA : l’affaire est aux marges du dispositif Leonetti, qui montre ici ses limites.

« Vincent Lambert n’est pas malade, n’est pas mourant, il est handicapé », a souligné Me Jérôme Triomphe, avocat des parents, méconnaissant ainsi les fondements implicites de la loi, puisque dans son rapport de présentation en 2008, Jean Leonetti avait indiqué que les personnes en état pauci-végétatifs en relèveraient bien. Cet avocat envisage même, si le TA déclare régulière la procédure d’euthanasie passive, de déposer une plainte au pénal pour tentative d’assassinat.

Lorsqu’il pouvait encore un peu communiquer, début 2013, le malade multipliait des comportements d’opposition aux soins. Et Jean Leonetti vient de déclarer que sa loi pouvait s’appliquer au cas de Vincent Lambert. Mais la rapporteuse publique s’est déclarée opposée à l’euthanasie passive et a demandé la poursuite des traitements palliatifs car « certes, il est dans un état irréversible, mais sa conscience existe et il ne nous appartient pas de juger du sens de sa vie ».

« C’est la première fois depuis 1981 qu’un avocat doit plaider pour un condamné à mort », a finalement plaidé avec… nuance Me Jérôme Triomphe. Cet effet de manche suscitera l’indulgence de tous ceux qui comprennent combien est difficile et douloureuse la situation conflictuelle dans ce type de situations.

En revanche, je voulais ici signaler, pour exprimer mon indignation, les derniers propos de Me Jérôme Triomphe, après l’audience cette fois, dans le couloir du tribunal et devant une forêt de micros et de caméras. Je cite soigneusement, mot pour mot :

« Si aujourd’hui on tue Vincent Lambert, qui est handicapé tétraplégique, eh bien je crois qu’il y a beaucoup de souci à se faire pour tous ceux qui ne sont pas en état de s’exprimer, et qu’on pourra faire partir… en douce, j’allais dire. »

Il n’allait pas le dire, il l’a dit ! Eh bien, moi, je crois et je dis qu’il faut appeler un chat un chat, et une insulte une insulte. Car c’est une déclaration outrageante, non plus seulement contre les praticiens du CHU de Reims, mais contre tous les médecins hospitaliers qui en semblable situation appliqueront en leur âme et conscience la loi Leonetti.

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Centres de soins dentaires associatifs : rappel à l’Ordre

logo JSDLe JSD, Journal de Saint-Denis est l’un des très rares hebdomadaires à donner une information équilibrée sur les banlieues, ni polarisée par les faits divers et menées délictuelles, ni idéaliste. En voici un parfait exemple dans son édition du 4 décembre 2013 :

La dent dure contre les centres de santé

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Revue : Le débat n° 174 : Quand la médecine engendre des handicapés

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Une nouvelle Némésis médicale

Le Debat n°174Il n’est pas besoin de présenter la revue Le débat, qui depuis sa création en 1980 offre, sous la direction de Pierre Nora et de Marcel Gauchet, un bel espace d’analyse et de discussion ouvert à toutes les réflexions qui permettent de mieux comprendre les évolutions du monde contemporain.

Dans le n° 174 mars-avril 2013, Le débat propose un article d’Anne-Laure Boch, que nombre de nos lecteurs connaissent et ils ne seront donc pas surpris lorsque nous dirons qu’il s’agit d’une des réflexions les plus lucides et profondes que nous ayons lues sur le sujet du handicap depuis une dizaine d’années. Il est extrêmement difficile de résumer dans le cadre de cette note brève un propos aussi dense et une analyse aussi serrée. Nous nous contenterons donc de citer quelques phrases de la conclusion de l’article :

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Livre : Nés vulnérables

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Petites leçons de fin de vie 

Nes vulnerables

Que vivons-nous durant ce temps d’avant la mort, lorsque la maladie mortelle fait son oeuvre et gagne du terrain ?

Que faisons-nous à écouter, à être témoin de l’avancée de la maladie, de la souffrance, de la douleur et de la mort de l’autre ? Qu’est-ce qui fait que nous continuons quand le « à quoi bon ? » se fait obsédant ?
À partir de son expérience de psychologue dans un service de soins palliatifs, l’auteure tente de dire ce qui met à mal. Ce temps de fin de vie n’est pas un temps de vaine attente. Beaucoup de choses se. vivent ou remontent â la surface, des parts en soi jamais entendues qui cherchent un lieu pour se déposer et se transformer. Face â la maladie qui s’impose et plonge dans le chaos, savoir que l’on n’est pas seul, faire l’expérience d’être porté comme à notre origine, peut réveiller « l’enfant rieur » qui sommeille en nous et nous mettre en contact avec des forces insoupçonnées, profondes, qui nous portent vers la vie et Continuer la lecture

Livre : Dialogue sur le handicap et l’altérité – Pierre Ancet & Marcel Nuss – Dunod

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Un dialogue peu commun

handicap et altérité« Tu ne peux pas comprendre, tu ne vis pas ce que je vis » : sous couvert d’un très grand respect de l’autre, ce constat en arrange en fait plus d’un, « handicapé » ou non. Pour sortir du registre de la plainte et prendre conscience de la proximité du handicap (à côté de nous, voire en nous), il suffit d’affirmer la présence à soi et aux autres, de toute personne humaine : nous sommes faits pour nous entendre et pour nous comprendre ; pour voir comment, dans la différence, brillent encore plus nos ressemblances. Dans ce qui aurait pu s’appeler « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir de la vie intime d’une personne handicapée, sans jamais oser le demander », un philosophe se laisse interroger par une personne en situation de handicap, et réciproquement. Les sujets les plus tabous sont abordés avec la franchise et la lucidité non dénuée de délicatesse, que seule autorise l’amitié. Contrairement aux apparences, nous sommes Continuer la lecture

Réflexions sur le thème de l’éthique

Cabanis Jean-NoelJean-Noël CABANIS

directeur d’hôpital, docteur en sciences économiques

jean-noel@hopital-territoires.eu

Paul Ricoeur : «l’éthique : le souci de soi, le souci de l’autre, le souci des institutions » ; nous sommes au cœur du sujet… Cette triple entrée nous touche tous dans nos responsabilités, administratifs, opérationnels, soignants…

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La voie étroite

Deforges Jean-Claude

Jean-Claude DEFORGES

chevalier dans l’ordre national du Mérite – directeur d’hôpital honoraire

jean-claude@hopital-territoires.eu

 

La politique de santé s’est installée depuis une trentaine d’années dans une logique qui tente de concilier le respect de la personne, l’égalité de tous devant la maladie, l’accès de tous à des soins de qualité avec la part sans cesse croissante des dépenses de santé supportées par la collectivité. Et ce, dans un contexte économique qualifié de « crise » ; le terme de « crise » utilisé depuis près de quarante ans devrait conduire à requalifier la conjoncture économique. Sur une période aussi longue, ne devrait-on pas considérer que nous sommes les contemporains d’un fonctionnement international des échanges qui assure la transition vers une intégration économique globale, planétaire, qui naturellement a des conséquences pour les pays qui se croyaient installés définitivement dans la prospérité.

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Les hostos du cœur

Deforges Jean-ClaudeJean-Claude DEFORGES

chevalier dans l’ordre national du Mérite, directeur d’hôpital honoraire

jean-claude@hopital-territoires.eu

« Exposé des motifs »

La tradition des soins à la personne remonte aux origines les plus lointaines de l’humanité. Probablement parce que nous sommes mortels et que nous en avons conscience, nous nous faisons un devoir spontané de lutter contre la souffrance, la maladie et la mort et d’aider nos semblables lorsqu’ils en sont frappés.

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