Le Père Noël n’existe pas !

Fabre DidierDidier FABRE

directeur adjoint de la DDPP de la Drôme

didier@hopital-territoires.eu

« NOTIFICATION OFFICIELLE DE GAIN

Gagnante : Madame X                       1er prix gagné : DE L’ARGENT. Montant du prix unique à remettre : 6 500.00 €

C’est officiel ! Madame X, vous êtes définitivement désignée comme la Grande Bénéficiaire de cet envoi ! Les résultats sont définitifs. Dès réception de votre Acceptation Expresse de Gain, nous vous garantissons la remise du 1er PRIX que vous avez définitivement gagné. LE RESULTAT EST IRREVOCABLE. Vous êtes bien l’unique bénéficiaire confirmée du Prix Unique de 6 500 EUROS NET D’IMPOT, établi à votre nom : Madame X ! »

Quand on reçoit un tel courrier, il faudrait avoir perdu la tête pour ne pas penser que le grand jour est arrivé. Aussi, la tentation est-elle grande de renvoyer l’acceptation expresse de gain accompagnée de « la modique somme forfaitaire et définitive de 10 € couvrant les frais administratifs de dossier et d’assurance en envoi sécurisé » pour recevoir les 6500€.

Il y a fort à parier que, lorsque Madame X aura envoyé les dix euros, elle ne verra jamais la couleur du « premier prix » de 6 500 €.

Des centaines, voire des milliers de personnes ayant fait comme elle, le concepteur de l’opération n’aura pas perdu son temps et encaissera une jolie petite somme. Quant aux victimes, on les imagine mal déposant plainte pour un préjudice individuel de dix euros. Ce sera donc tout bénéfice pour l’escroc.

« AVIS OFFICIEL D’ATTIBUTION – Chère Madame Z, Cher Monsieur Z, C’est officiel, vous avez bien gagné ces superbes cadeaux au grand jeu gratuit du couple gagnant. Pour Madame : une très belle pièce horlogère. Pour Monsieur, une magnifique montre. Il ne vous reste plus qu’à aller retirer vos cadeaux EN COUPLE à l’adresse indiquée au verso. »

Nul doute qu’à leur arrivée sur les lieux, M. et Mme Z seront harponnés par un beau parleur qui mettra tout son talent à les persuader d’acheter un salon, de la vaisselle ou de la cristallerie.

L’histoire suivante est véridique. Elle s’est passée dans le Cher il y a quelques années.

Un soir, vers 19 h 30, M. et Mme D. reçoivent un appel téléphonique leur indiquant qu’ils ont gagné un cadeau à aller chercher en couple le samedi suivant dans le magasin M. La personne qui appelle – Vanessa – possède une voix suave. Deux jours plus tard, une confirmation écrite arrive par la voie postale.

Le samedi, les intéressés se rendent donc dans le magasin, munis du courrier. Ils sont reçus par un vendeur qui leur propose, pendant qu’il va chercher leur cadeau, de faire un tour dans les allées du magasin. A son retour, il leur demande quel est le modèle qu’ils ont préféré. Il s’agit d’un salon cuir à 15 000 €, « le plus bel article du magasin ».

Le vendeur, trouvant M. et Mme D. sympathiques, leur propose un rabais de 20 %. Les clients trouvant encore le prix trop élevé, survient M. DI GIOVANNI, fils du fabricant du fameux salon, qui se trouve exceptionnellement dans le magasin. Le vendeur ayant expliqué à M. DI GIOVANNI que M. D. est un de ses amis d’enfance, qu’il souhaiterait acquérir le salon cuir pleine fleur mais qu’il dispose de moyens limités, l’Italien consent un rabais de 50 %. Il est 11 h 45 et l’affaire est à saisir immédiatement car il reprend l’avion pour Milan dès 14 h.

Les D. signent le bon de commande et versent un acompte de 1 000 €. L’après-midi, dans un autre magasin, ils voient le salon qu’ils viennent d’acheter vendu 7 000 € alors qu’ils l’ont payé 7 500 € (après rabais de 50 %).

Retournant dans le magasin M, ils entrevoient M. DI GIOVANNI qui disparaît aussitôt (sans doute a-t-il raté son avion) mais se font « sortir » par un vendeur. Ils se rendent dans leur banque pour faire opposition au paiement du chèque remis à titre d’acompte. Le banquier refuse, le chèque n’ayant été ni perdu, ni volé.

Cela signifie-t-il qu’il ne reste à M. et Mme D. que leurs yeux pour pleurer ? Non, heureusement ! En effet, deux infractions ont été commises :

● tromperie : M. DI GIOVANNI s’appelle en réalité M. Z. Il n’est pas fabricant de salons en Italie, mais employé du magasin.

● prise d’un moyen de paiement pendant le délai de rétractation de sept jours. Les dispositions légales relatives au démarchage à domicile s’appliquent, puisque M. et Mme D. ont reçu un appel téléphonique et un courrier personnalisé les invitant à aller retirer un cadeau dans le magasin. Ce délai de rétractation n’existerait pas s’ils étaient allés de leur propre initiative dans le magasin, sur une foire ou un salon.

Le responsable du magasin a été condamné à 15 000 € d’amende ; il a annulé l’achat effectué par M. et Mme D. et a remboursé le montant de l’acompte versé. L’histoire ne s’est donc pas trop mal terminée pour les clients, mais ils ont eu chaud.

Les retraités constituent la cible privilégiée des escrocs en tous genres parce qu’ils sont un peu plus disponibles que les actifs, disposent souvent de quelques économies et se montrent assez crédules.

Voici les règles d’or pour ne pas se faire « arnaquer » :

– Prendre le temps de réfléchir, de comparer les prix et la qualité des articles. Faire jouer la concurrence.

– Ne pas signer à la légère.

– Ne pas rédiger de chèque, ne pas remplir d’autorisation de prélèvement.

– Ne pas croire au Père Noël… il n’existe pas !

– Et surtout, FAIRE APPEL A SON BON SENS.

LE PERE NOEL H&T 1

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