Les hostos du cœur

Deforges Jean-ClaudeJean-Claude DEFORGES

chevalier dans l’ordre national du Mérite, directeur d’hôpital honoraire

jean-claude@hopital-territoires.eu

« Exposé des motifs »

La tradition des soins à la personne remonte aux origines les plus lointaines de l’humanité. Probablement parce que nous sommes mortels et que nous en avons conscience, nous nous faisons un devoir spontané de lutter contre la souffrance, la maladie et la mort et d’aider nos semblables lorsqu’ils en sont frappés.

Cette nécessité d’entraide a pris la forme des hospices au Moyen Âge dont le financement reposait essentiellement sur le bénévolat et la charité. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’au début des années 70, il n’était pas rare de trouver encore dans nos hôpitaux des personnels désignés par les congrégations. L’institution hospitalière reposait sur l’altruisme (attention portée à l’autre), la vocation (l’ensemble des vertus propres aux agents hospitaliers), la charité (prise en charge par le système caritatif), le dévouement. Après la deuxième guerre mondiale, ces valeurs se sont traduites par la mise en place d’un système de santé reposant sur les principes républicains suivants :

Solidarité

Egalité d’accès aux soins

Accessibilité des soins

Libre choix du praticien

Le système a fonctionné dans le respect de ces principes, jusque dans les années 90, puis peu à peu, sous l’effet des pressions économiques, la générosité –reconnue dans le monde entier- du système de santé français s’est effritée :

La solidarité qui se voulait générale est devenue sélective, la prise en charge des soins n’étant pas complètement couverte, et la contribution personnelle exigée pour les séjours, les médicaments et les actes, met à contribution les individus.

HOSTOS DU COEUR

L’égalité d’accès aux soins est devenue dès lors hypothétique, tous les individus ne pouvant assumer la part des soins à leur charge. Aujourd’hui, de nombreux compatriotes n’ont tout simplement plus les moyens de se soigner.

L’accessibilité est en fait très inégale, la fermeture de nombreuses structures de proximité, la raréfaction des professionnels dans les zones rurales, l’appauvrissement des obligations de service public se traduit par une aggravation de l’accès aux soins pour les populations défavorisées.

Alors que la loi HPST se propose de rétablir une réponse cohérente à la demande de soins dans l’espace territorial, donnant acte implicitement des inégalités créées, il n’est que de constater la difficulté d’accéder à une consultation médicale dans la plupart des régions dites rurales. Une vision industrielle et marchande de l’offre de soins se traduit concrètement par l’absence de recours aux soins par absence de structure efficace et économiquement abordable, et par l’impossibilité de recourir à une structure de proximité. Le discours sur les réseaux de soins est séduisant mais la complexité de mise en œuvre, l’épuisement des professionnels concernés ou leur isolement ne permet pas à ces structures souvent lourdes de pallier l’absence d’un partenaire hospitalier institutionnel. Bénéficier d’un acte spécialisé, d’un diagnostic, d’une prise en charge médico-soignante, d’un soin particulier ou d’un acte chirurgical, lorsqu’on habite en dehors des grandes concentrations urbaines nécessite un niveau de revenus suffisant, un moyen de locomotion, beaucoup de temps libre et de la constance notamment pour obtenir un rendez-vous au CHU, en admettant que le patient ait pu identifier correctement le professionnel compétent…

Dans ces conditions, de nombreux patients renoncent tout simplement à se faire soigner. Ne parlons pas des dépassements d’honoraires qui actuellement parviennent à décourager même la classe dite « moyenne ». Ainsi le Droit à la Santé n’est pas assuré pour les plus modestes, les femmes seules, les chômeurs en fin de droits, les personnes âgées, les étudiants, les populations des zones dites « rururbaines »…

Vu de Paris, cette vision doit paraître saugrenue, difficile d’imaginer, en effet, quand on vit dans la capitale l’impossibilité d’accès à l’hôpital…

Face à ce constat, les professionnels de santé qui se reconnaissent dans les valeurs humanistes se doivent de proposer des solutions de rétablissement de l’égalité des personnes face à la maladie. Il s’agit de ré humaniser le système de santé c’est-à-dire lutter contre une vision « industrielle » du soin, de rétablir la solidarité, l’entraide, le bénévolat, la renaissance des vocations… Toutes les valeurs pratiquement combattues par la marchandisation du système de santé.

Que proposer finalement ?

Dans les pays de niveau équivalent au nôtre en termes de développement économique, et notablement aux Etats-Unis, le système caritatif relaie les conséquences des règles commerciales appliquées aux prestations de santé. Le système caritatif, conserve les valeurs de base de l’activité soignante, et proposer cela, ce n’est finalement que retourner aux sources de ce qui a permis depuis le Moyen âge d’assurer la prise en charge des plus défavorisés.

A l’instar des « restau du cœur », il est possible d’organiser les « hostos du cœur ». Sous la forme d’une Fondation par exemple financée par les Associations caritatives, les personnes privées volontaires des Entreprises, des subventions diverses, des dons etc… La Fondation « Les hostos du cœur » ferait appel à des Professionnels de santé volontaires et bénévoles désireux de retrouver un exercice conforme à leur vocation et à leurs principes. Il pourrait être fait appel à des retraités de toutes compétences, Médecins, soignants personnels médicaux techniques etc… Des personnels en activité militant pour une approche humaine des personnes malades. La Fondation pourrait passer convention avec les structures existantes pour assurer le support technique à la prise en charge des patients de facto exclus des structures publiques et privées.

Alors que l’époque favorise le repliement sur soi, la prise d’intérêt à court terme et range l’altruisme et la philanthropie au rayon des archaïsmes et de la naïveté, se trouverait-il nombre de professionnels de santé désireux de servir dans le respect de l’éthique et des valeurs humanistes, celles et ceux qui ont besoin d’une société plus fraternelle et plus juste ? Pouvons-nous imaginer un petit groupe de pionniers mobilisant sous forme associative celles et ceux qui seraient intéressés par un tel projet. Il nous faudrait des professionnels de santé de tous horizons et de toutes compétences, des responsables politiques, des juristes, pour étayer le projet, le promouvoir et en assurer la diffusion.

Cette initiative permettrait d’employer utilement, de façon désintéressée pour une cause noble l’énergie perdue dans des débats politiques et syndicaux qui restent souvent peu concrets et exagérément spéculatifs. Qu’en pensez-vous ?

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