Livre : Rouge majeur

Pour une surprise, voilà une bonne surprise !

L’inattendu, par définition, survient… quand vous ne vous y attendez pas ! Ainsi l’ai-je encore éprouvé récemment : je connais Denis Labayle depuis une bonne dizaine d’année, un ami qui fut médecin chef de service au centre hospitalier de Corbeil-Essonnes et qu’à ce titre j’avais interviewé plusieurs fois. C’est donc un ami mais à partir d’une passion qui nous est commune : l’hôpital public, la santé, l’éthique médicale… J’avais donc évidemment lu ses essais dans ce domaine : La Vie devant nous, enquête sur les maisons de retraite (1995), Tempête sur l’hôpital (2002) et Pitié pour les hommes : l’euthanasie, le droit ultime (2009).

Mais Denis Labayle écrit également des romans et nouvelles et j’ai donc lu Noirs en blanc (2011), Nouvelles sur ordonnance (2013) et son tout dernier : A Hambourg, peut-être… Ouvrages qui, « naturellement » mettent en scène des médecins et des soignants dans leur parcours personnel et professionnel (« naturellement » étant ce qui passait pour évidence à mon entendement étroit : un médecin écrit sur la médecine).

Labayle - Rouge majeurOr voici que je viens de lire, hier, un roman de Denis, paru en 2011, Rouge majeur.

Surprise : un roman qui ne traite ni de près ni de loin de la médecine ! Surprise encore plus vive : ce roman évoque fictivement mais très possiblement les derniers jours de la vie d’un grand peintre !

Surprise encore plus agréable : le peintre en question est justement mon peintre contemporain préféré (enfin là quand je dis « contemporain » non seulement je ne réalise pas à quelle génération datée j’appartiens désormais, mais j’exagère encore un peu plus, car ce peintre est mort… lorsque j’étais petit enfant, en 1955 !). Je dois donc dire plus exactement que c’est pour moi le plus grand peintre de la génération ayant suivi celles des monstres sacrés Picasso, Braque, Klee, Kandinsky, Gris, Miro, Modigliani, Matisse… pour n’en citer que quelques-uns.

Ce peintre c’est Nicolas de Staël.

De StaelJ’ouvris alors ce roman, je dois l’avouer, avec une forte appréhension : je pensais jusqu’alors qu’il est très difficile d’écrire sur des peintres, des cinéastes ou des musiciens ; chaque art ayant par définition son langage, la littérature ne peut pas paraphraser la perception picturale. Et bien souvent les livres que j’avais lu sur des grands peintres étaient des biographies m’ayant laissé sur ma faim.

Tandis que là, eh bien non ! Denis a trouvé la solution pour décrire, en 200 pages, les derniers jours de Nicolas de Staël, qui on le sait le conduisirent tragiquement au suicide. Mais il n’y a aucun voyeurisme : les pages les plus intimistes ou introspectives concernent uniquement le narrateur, journaliste américain chargé de réaliser un reportage sur le peintre. De la pudeur donc, mais sur un ton tellement véridique qu’on se persuade que Nicolas de Staël, dans ces derniers jours, était exactement tel que cette fiction nous le montre…

Et surtout, gageure remarquable, les descriptions de quelques tableaux célèbres de De Staël, tout en évitant le style muséographique, m’ont procuré une très forte sensation car en lisant la page je croyais de mémoire avoir le tableau sous les yeux et, m’étant reporté à leur reproduction, j’ai vérifié que le talent du romancier avait été puissamment évocateur : ainsi du Grand Nu orange, du Nu couché bleu, ou encore de la série Les Footballeurs et enfin du dernier tableau peint dans la souffrance juste avant la fin tragique : Le Concert.

Grand Nu orange

Grand Nu orange

De Stael Nu couché bleu

Nu couché bleu

Les Footballeurs

Les Footballeurs

Le Concert

Le Concert

Alors, si vous aimez Nicolas de Staël, vite lisez Rouge majeur.

Editions dialogues – http://www.editions-dialogues.fr

Maison où Nicolas de Staël s'est donné la mort à Antibes

Maison où Nicolas de Staël s’est donné la mort à Antibes

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