Fusion des corps ou réflexion sur les missions et les métiers de DH et de D3S

Queyroux Christian

Christian QUEYROUX
directeur d’hôpital
christian@hopital-territoires.eu

 

A la veille du rassemblement des hospitaliers à Paris dans le cadre du salon Santé, Autonomie peut-être faut-il tenter de situer le débat de la fusion dans un contexte plus professionnel que corporatiste et s’interroger sur les spécificités des métiers, sur les parcours professionnels et sur les besoins spécifiques de chaque profession surtout en début de carrière.

D3S

Sans entrer dans la polémique de comparaison des mérites des directeurs d’hôpital et des D3S, posons-nous la question de la prise de fonction à la sortie de l’EHESP.

La plupart des élèves DH sortent pour rejoindre une équipe de direction sur des missions spécialisées, quasiment aucun n’est affecté sur un poste de direction, a fortiori au sein d’une petite structure, tout au plus peut-il s’en trouver, dans le cadre d’une direction commune responsable de site.

On peut en inférer que le candidat DH choisit à la sortie un poste en rapport avec le domaine pour lequel il a de l’appétence et de préférences des compétences sauf bien sûr s’il a privilégié la zone géographique. En toute hypothèse il n’a pas besoin d’être omniscient pour commencer à concrètement exercer son métier qu’il apprendra à mieux connaître avec le soutien de collègues plus expérimentés et sous l’autorité d’un chef d’établissement.

Il n’en va pas de même pour la majorité des élèves D3S qui, à la sortie de leur formation, plus courte de quelques mois, doivent voler de leur propre ailes et assumer des fonctions multidisciplinaires dans de petites structures sauf pour ceux qui sont recrutés dans des établissements plus importants, sur des fonctions d’adjoint en charges des structures de personnes âgées de l’établissement.

Ils doivent en savoir suffisamment et de manière opérationnelle sur, à la fois, le budget, les ressources humaines, les marchés publics, les travaux, la réglementation spécifique à leur champs d’intervention car ils sont souvent seuls ou peu accompagnés.

C’est pourquoi naguère, les responsables de l’ingénierie de leur formation veillaient à ce qu’ils reçoivent une « caisse à outil » qui leur permettent de ne pas commencer leur carrière en constatant que sur beaucoup de sujets ils étaient fragiles. Pour ce faire il convenait de réserver dans la volumétrie générale des formations un nombre suffisant d’heures pour des enseignements professionnels appliqués qui les prémunissent de la panne sèche face à des situations concrètes.

A ce titre qu’il me soit permis d’énoncer qu’à mon sens il est plus difficile de commencer une carrière en qualité de D3S qu’en qualité de DH, et je suis DH.

Que l’on ait souhaité lors de la transformation de l’ENSP en EHESP « universitariser » la formation professionnelle, pourquoi pas mais pas au prix d’une mise en danger des élèves sortant de là, non pas pour poursuivre des études théoriques en Santé Publique mais bien pour mettre les mains dans le cambouis de la gestion quotidienne de petites structures où beaucoup procède du directeur, sans oublier qu’il est aussi en prise directe pour tout ce qui concerne la communication interne et surtout externe notamment avec les élus.

Ainsi les fondamentaux de santé publique, en grand amphi, ont peut-être permis à quelques enseignants de faire comprendre et partager de grands enjeux de Santé mais n’ont nullement contribué à armer les futurs directeurs.

De même ouvrir la possibilité d’effectuer un Master pendant sa scolarité peut être vu comme une forme de gratification surtout pour ceux des élèves qui accédaient ainsi à des formations que leur cursus initial ne leurs avait pas permis de fréquenter même si, fréquemment, ce sont des élèves déjà titrés qui y ont vu une occasion de compléter leurs peaux d’âne.

En revanche cela s’est fait par prélèvement de plages horaires dans le cadre d’un jeu à somme nulle, plus de formations généralistes et des temps à l’université sont autant d’heures prélevées sur le temps consacré à la formation professionnelle outillée dont tous les élèves ont besoin mais plus encore ceux qui vont devoir en savoir assez sur tout, les D3S, contrairement à ceux qui pourront se « contenter » d’en savoir beaucoup sur un champ spécialisé, la plupart des DH en début de carrière.

Aujourd’hui par des sources diverses, certes non significatives statistiquement, des signaux d’alertes relatifs à des directeurs en difficultés, voire en souffrance, remontent à différents niveaux : CNG, ARS, organisations syndicales, fédérations, qui mériteraient qu’on les objective. Pour cela des méthodes existent dont une des plus aisée consiste à réunir des anciens élèves de différentes promotions pour un séminaire au cours duquel seront évalués, avec un recul variable les adéquations ou inadéquations de l’enseignement reçu afin de proposer à l’EHESP d’adapter ses enseignements aux besoins opérationnels des établissements. C’est ce qui se pratiquait jadis lorsqu’on admettait qu’une école d’application devait vérifier son aptitude à transmettre des savoirs opérationnels.

D3S_BIS

Pour reprendre l’ancien adage à quoi peut servir une tête bien faite grâce à une culture générale de santé publique si cette même tête est en souffrance professionnelle faute d’avoir aussi été bien remplie de sujets certes moins enthousiasmants, parfois même ancillaires, mais indispensables pour ne pas être placé en échec professionnel et ne pas entrainer son établissement, surtout par ses temps de difficultés financières, dans des situations inextricables ?

La Rochefoucauld écrivait : « La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir. Mais les maux présents triomphent d’elle. ». Il est à craindre que de même les enseignements universitaires ou trop généralistes ne viennent à bout que des problèmes qui ne se posent plus ou pas encore mais n’aident guère à résoudre quotidiennement les problèmes concrets auxquels les D3S se heurtent.

***

4 réflexions au sujet de « Fusion des corps ou réflexion sur les missions et les métiers de DH et de D3S »

  1. DEFORGES

    Tu sais bien qu’aujourd’hui, le Corps n’est plus fait pour diriger, mais pour obéir. Tu sais bien dans tes fonctions actuelles qui dirige l’Hôpital aujourd’hui… ton texte est un plaidoyer pour l’interchangeabilite des cadres hospitaliers soit la disparition du corps des DH

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    1. queyroux

      Mon cher collègue,
      Bien au contraire, je postule que les DH et les D3S n’exercent pas nécessairement le même métier et surtout que leur parcours professionnel est différent. Les besoins en formation qui en découlent ne sont donc pas les mêmes. Je ne préconise pas un corps unique, bien au contraire.

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  2. durand

    Bonjour

    Je rejoins tout à fait les préconisations de M Queyroux. D’autant que le D3S doit savoir manager les équipes ( pas facile dans le contexte actuel), gérer les travaux, les achats et les ressources humaines. C’est un métier de direction où il faut connaitre toutes les facettes du fonctionnement et de l’organisation d’un établissement. La fusion des corps de direction pour les établissements publics me parait être inéluctable.

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  3. maire

    Bonjour,

    Ce n’est pas de la fusion des corps dont il faudrait se préoccuper mais des corps de direction en fusion.
    Les injonctions paradoxales quasi permanentes aujourd’hui doublées à l’absence de maîtrise de la production hospitalière auront eu raison du management des structures publiques.
    Sans gouvernail solide, l’Hôpital est un bateau ivre….

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