Livre : Tout s’est bien passé

tout-s-est-bien-passe,M101342A lire ?
Oui, pour s’impatienter !
♥♥♥

Pour rassurer les internautes qui m’ont fait l’honneur de réagir (favorablement ou défavorablement) à ma critique certes virulente de Réparer les vivants, je leur confirme que j’ai la chance de lire bien plus souvent de bons voire d’excellents livres que de mauvais.

Ainsi, ces derniers jours, j’ai ouvert un roman qui, depuis plus d’un an, se morfondait dans ma bibliothèque, au casier des bouquins en souffrance : Tout s’est bien passé.

Je n’avais pas trop d’appréhension, ayant déjà lu trois des romans de l’auteure, Emmanuelle Berheim. Je ne fus pas déçu. Et cela me donne l’occasion, en passant, de corriger une impression sans doute injuste que j’ai pu créer en signalant que Maylis de Kerangal, qui a commis ce mauvais Réparer les vivants, avait été presque unanimement louée par la critique et avait obtenu le Prix Médicis 2010. Car je n’ai aucune prévention systématique contre la critique et les prix, la preuve Tout s’est bien passé a obtenu une bonne critique et l’auteure s’est vue décerner le Médicis 1993…

C’est l’histoire banale d’un homme de 88 ans qui est victime d’un AVC sévère et qui demande à sa fille de l’aider à en finir. Et comme l’euthanasie n’est pas autorisée au pays des droits de l’homme, sa fille doit organiser minutieusement son exfiltration de l’hôpital et son dernier voyage en Suisse. Comme le titre l’indique, elle saura par un message laconique que tout s’est bien passé.

Alors oui, voici un bon roman : plausible, vrai psychologiquement réaliste, en finesse et en retenue. Un style moderne donc nerveux et bref, mais sans les outrances qui m’ont insupporté dans le mauvais bouquin susmentionné (pour la dernière fois, promis !)

Et il y a urgence à lire ce roman puisque nos gouvernants semblent, décidément ne pas voir l’urgence qu’il y a de mettre un terme à notre interminable attente (et combien cruelle pour les malades concernés, pour leurs proches et leurs amis) d’enfin nous reconnaitre (pourquoi n’emploierais-je d’ailleurs pas plutôt les termes concéder ou consentir dans ce pays des droits de l’homme où le souverain républicain, s’il ne rend plus la « justice retenue » semble tenir encore aux délices des libertés octroyées !)

Je n’en dirai pas plus pour rester dans la tonalité du « roman » (je mets les guillemets car il s’agit en fait du récit d’une réalité douloureusement affrontée par l’auteure), qui n’est ni un brûlot ni un pamphlet, ni une boisson fortement émotionnelle à siroter en bronzant sur la plage ; non, un plaidoyer tout en douceur et tendresse pour que ceux d’entre nous qui en expriment la volonté puissent enfin l’accomplir dans un contexte apaisé…

Julien Ferry – julien@hopital-territoires.eu

Tout s’est bien passé
Emmanuelle Berheim
février 2013 – 205 pages – 17,90 €
nrf – Gallimard

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