Pas de loyauté pour les ennemis de la loyauté

Queyroux ChristianChristian Queyroux

christian@hopital-territoires.eu

 

En cette période d’évaluation pour les directeurs d’hôpital qui s’achève, je voudrais m’arrêter sur un terme que l’on retrouve dans certains dossiers : la loyauté, généralement évoquée plutôt quand l’évaluateur estime que l’adjoint évalué en a manqué.

Mais de quoi s’agit-il ? Une des définitions possibles du terme loyauté indique : « Fidélité manifestée par la conduite aux engagements pris, au respect des règles de l’honneur et de la probité. ».

Ce n’est pas le sens que lui donnent ceux des évaluateurs qui en ont une définition plus restrictive et qui entendent par ce terme, la loyauté à leur personne, en d’autres termes l’allégeance qui a l’origine signifiait « Obligation d’obéissance et de fidélité à un souverain ».

Or, même dans les armées, les soldats ont non seulement le droit mais le devoir de refuser d’obéir à des ordres illégaux.

Quand des chefs d’établissements, oublieux des règles juridiques, gonflés de leur propre importance au point de se croire au-dessus des lois et des règlements, irrespectueux des droits de leurs subordonnés mais sourcilleux à l’égard des privilèges auto-décrétés, s’en prennent à des collègues, non pas déloyaux car ils sont précisément soucieux de remplir leurs obligations à l’égard des institutions qu’ils servent, mais préoccupés d’avoir à couvrir voire à assumer des dérives, des caprices, des irrégularités… alors il y a injustice.

Il conviendrait de se souvenir que les directeurs d’établissement, comme tous les managers publics, ne sont ni propriétaire de leur établissement, ni libres d’user des moyens de celui-ci, qu’ils agissent par mandat de la puissance publique qui les a nommés pour servir les intérêts collectifs et non les leurs en particulier.

J’avais eu la faiblesse de croire, quand j’étais encore un jeune directeur, que certaines dérives étaient plutôt un phénomène générationnel et que l’avenir appartenait à une génération vertueuse et respectueuse des hommes placés sous son autorité.

J’avais tort, car les dérives ne sont pas affaire de génération, mais d’hommes et de leur capacité à ne pas perdre la tête.

Il y a quelques années, le XXe siècle finissant, un long article paru dans le Figaro insistait sur une des conséquences du mode d’éducation qui aurait prévalu dans la foulée de Mai 1968, le fameux il est interdit d’interdire. L’auteur, dont le nom m’échappe, constatait l’augmentation du nombre de personnes atteintes d’un défaut d’achèvement de leur migration vers le stade adulte et en conséquence l’augmentation du nombre de « bébés narcissiques et d’adultes inachevés ».

Le bébé adulé, l’enfant tout puissant n’auront pas appris, à travers la découverte des interdits, à marquer les limites de leurs désirs pour en faire des ambitions légitimes.

Ils continueront à trépigner, à faire des caprices, mais avec les moyens non plus de simplement casser leurs jouets ou de la vaisselle, mais en cassant des hommes et des femmes soumis à leur autorité.

Guy TonellaPlus récemment, Guy Tonella, docteur en psychologie clinique et psychothérapeute à Toulouse, analysait lui aussi cette tendance : « Le narcissisme n’est pas né au XXe siècle, écrit-il, mais le XXe siècle l’a propagé à grande vitesse. »

Selon lui, les facteurs d’une telle accélération sont « une mutation des valeurs culturelles de l’être soi-même vers le paraître, de la qualité de vivre (dans laquelle le temps et le rythme de vie sont fondamentaux) à la quantité de possessions (qui implique la frénésie et le stress), de la centration sur ses propres besoins à l’adhésion aux images marketing étrangères à soi ».

Il faut constater que les établissements de santé ne protègent pas mieux leurs directeurs des dérives précitées que les autres entités professionnelles.

Si l’éthique manque à l’appel, les TOC du « chef » peuvent vite devenir source de souffrance au travail pour ses collaborateurs.

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