Du paradoxe démocratique

Queyroux ChristianChristian QUEYROUX
directeur d’hôpital

christian@hopital-territoires.eu

En 1983 dans « Comment les démocraties finissent » Jean François Revel à propos de la lutte entre le totalitarisme communiste et les démocraties écrivait :

« Alors que le totalitarisme liquide tout ennemi intérieur ou pulvérise tout début d’action de sa part, grâce à des moyens simples et infaillibles, puisque antidémocratiques, la démocratie, elle, ne peut se défendre que très mollement. L’ennemi de l’intérieur de la démocratie joue une partie aisée, car il exploite le droit au désaccord, inhérent à la démocratie même. Il cache avec adresse sous l’opposition légitime, sous la critique reconnue comme une prérogative de tout citoyen, le dessein de détruire la démocratie même, la recherche active du pouvoir absolu, du monopole de la force. La démocratie est en effet ce régime paradoxal où est offerte à ceux qui veulent l’abolir la possibilité unique de s’y préparer dans la légalité, conformément au droit… »

A la lumière des évènements dramatiques de ce début janvier, méditons cette réflexion car notre République laïque et démocratique est effectivement attaquée à travers les assassinats perpétrés au journal  CHARLIE HEBDO et ceux qui ont touché de simples usagers d’un super marché parce qu’il était casher.

La comparaison avec le 11 septembre est inquiétante et mériterait  d’être nuancée. En revanche prenons garde de ne pas connaître notre  « Patriot Act », notre Guatanamo et notre Irak, car dans la crise qui a suivi les évènements du 11 septembre, la démocratie américaine a perdu une partie significative de son âme en mettant en place des lois d’exception pour la surveillance non seulement de ses propres citoyens mais du monde entier, en enfreignant le droit international en envahissant un état souverain sans aucun mandat  et les droits de l’homme en détenant au mépris du droit et en soumettant à la torture des individus soupçonnés de lien avec les terroristes.

Les démocraties sont menacées de subversion extérieure mais plus encore de dégénérescence intérieure en suspendant elles même les droits qui les caractérisent pour mieux les préserver, terrible paradoxe.

La plus grande victoire des  démiurges assassins serait de nous faire faire leur travail de destruction de nos propres idéaux déjà mis à mal par la crise économique :

– censurer la liberté de parole

– restreindre la liberté de déplacement

–  accroître la surveillance des habitants de notre pays

Nous devons assumer la vulnérabilité de la démocratie pour qu’elle reste démocratie, le signal envoyé par les millions de personnes rassemblées à Paris et venus du monde entier pour défendre les libertés doit nous y encourager

marche republicaineAlors restons vigilants pour défendre l’idéal démocratique en gémissant avec les victimes mais en nous souvenant que sur l’échiquier de la vie un trait invisible sépare le blanc du noir et que nous sommes menacés de basculer de l’un à l’autre dès que nos peurs obscurcissent notre raison.

Des fanatiques existent de par le monde y compris dans notre patrie comme viennent de le démontrer les récentes tueries, ce sont eux qu’il convient de poursuivre et non les communautés dont ils peuvent être issus ou se revendiquer.

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