La sixième puissance économique, au top à Las Vegas !

DIDIER Jean-PierrePr Jean-Pierre DIDIER

professeur des universités
praticien hospitalier honoraire

jean-pierre@hopital-territoires.eu

 

Les objets connectés ont fait le buzz à Vegas

Après que les vœux présidentiels nous aient redonné un peu de pêche en nous rappelant que la France restait la cinquième puissance économique mondiale, patatras, quelques jours plus tard nous étions descendus à la sixième place. Puis de terribles évènements ont fini par nous atterrer.

Axelle LEMAIREChercher des raisons pour espérer dans cette ambiance « mortelle » est bien difficile, sauf à remarquer qu’à Las Vegas au Consumer Electronics Show, les industries françaises ont attiré tous les regards grâce aux objets connectés, confirmant que si en France on a une économie qui ne marche pas, on a des idées pour la faire repartir. Invitée du Buzz Média Orange-Le Figaro, Axelle LEMAIRE, secrétaire d’Etat chargée du numérique a même affirmé que la France « a tous les atouts pour ne pas rater la prochaine décennie du numérique ».

Quelle est bonne cette nouvelle ! Puisqu’on est à Vegas, the show must go on, alors allons-y, si possible en conservant un minimum d’humour.

Il est vrai que plus rien n’échappe aux objets connectés, le nombre de pas effectués, le nombre de calories dépensées, l’augmentation de votre tour de taille à rapprocher du nombre de vos coups de fourchette, l’endroit où vous avez oublié vos clés, celui où se trouve votre ado, l’état de santé de votre plante préférée, le portrait du malfrat qui tente de s’introduire dans votre loft super-branché….bref tout et n’importe quoi peut aujourd’hui s’inscrire sur votre smartphone.

Une telle réputation d’objet à tout faire peut rendre les objets connectés suspects : à force de vouloir servir à tout, ils risquent de ne servir à rien, sinon à nous faire sortir quelques dizaines d’euros de notre porte-monnaie, aujourd’hui bien loin d’être guetté par l’obésité. Encore pourraient-ils nous faire passer un bon moment ? Rappelons l’invention du slip connecté capable de vibrer aux meilleurs endroits, choisis par deux partenaires trop éloignés pour bénéficier du contact naturel et direct. S’agit-il d’un progrès ? A chacun(e) d’en décider.

Mais quoi qu’il en soit, si l’on comptait en 2009 plus de 2,5 milliards d’objets connectés dans le monde, ce chiffre devrait, nous dit-on, passer à 30 milliards d’ici 2020. Parmi eux, de nombreuses applications concernent notre santé. Celles-ci pourraient modifier profondément notre attitude vis-à-vis de la prévention et la surveillance d’une éventuelle maladie chronique, en donnant du sens aux objets connectés ; alors place aux wearable devices.

Des objets connectés aux wearable devices

Un objet connecté est un matériel capable de communiquer avec un smartphone, une tablette tactile et/ou un ordinateur, afin d’envoyer et de recevoir des informations, grâce à une liaison sans fil.

L’ensemble du système est théoriquement simple, puisqu’il suffit, après avoir défini l’objectif, de choisir le capteur qui saisit l’information à traiter, d’intégrer cette information dans un logiciel qui la transmet selon les modalités que l’usager  a choisies. Celui-ci peut intervenir en conséquence ou laisser faire l’éventuelle procédure prévue dans le logiciel, incluant la diffusion à travers internet, à des destinataires préalablement définis. Ainsi est né l’internet des objets (IdO).

Olivier HERSENTL’internet des objets est considéré comme la troisième révolution de l’internet, qui revêt un caractère universel pour désigner une multitude d’objets connectés aux usages extrêmement diversifiés. Le livre d’Olivier HERSENT intitulé L’internet des objets analyse l’ensemble des questions posées par cette évolution, en apportant des perspectives de réponses, il est cité en référence bibliographique.

En fonction de l’information qui est traitée, ce genre d’objet interactif est susceptible de nous aider dans notre vie de tous les jours. Ainsi il existe de nombreux exemples d’objets disponibles sur le marché. La possibilité de connaître le quai vers lequel vous devrez courir pour attraper votre train au vol, celle de régler à distance le thermostat de votre nid douillet, ou encore de voir à distance l’intérieur de votre frigo afin de faire vos courses en ayant oublié la liste si bien préparée, mais restée sur la table de la cuisine, constituent des exemples pratiques à notre portée.

En imaginant des objets « prêts-à-porter » soit sous forme d’accessoire comme un bracelet, ou sous forme de vêtement en textile connecté, une nouvelle technologie s’est développée, la wearable technology capable de générer des matériels, les wearable devices. Les progrès en téléphonie mobile ont relayé cette évolution en ouvrant sur des perspectives particulièrement porteuses dans les domaines du sport et de la santé.

C’est dans ce contexte que City Zen Sciences, spécialiste français du textile connecté, a signé un accord mondial avec la marque d’équipements de sport japonaise Asics visant à développer et commercialiser le Digital-Shirt, teeshirt capable d’analyser en ligne l’activité physique du porteur, tout en transmettant les informations pour surveillance ou avis d’un éventuel entraîneur.

C’est dans le même contexte que se développe toute une gamme d’applications particulièrement médiatisées, dont la montre connectée, à laquelle s’intéressent tous les constructeurs naturellement concernés, tels qu’Apple, Samsung, Blackberry, Sony, mais aussi, d’autres plus inattendus comme Audi. Toutefois une question se pose : tous ces objets ont-ils vraiment un intérêt, en dehors de celui qui consiste à stimuler l’économie en vidant nos tirelires ?

Les objets connectés au secours de l’éducation thérapeutique

Deux exemples permettent de bien illustrer l’intérêt des objets connectés dans le domaine de la santé.

Une cause fréquente d’inefficacité relative des traitements tient à un défaut d’observance. Le pilulier intelligent, développé par une firme française, constitue une proposition palliative intéressante. Ressemblant à un gros livre, il est composé de plusieurs compartiments distincts munis de plusieurs capteurs, d’un baromètre et même d’un dispositif GPRS, nouvelle norme de téléphonie mobile facilitant la transmission des données. Concrètement, à chaque prise de médicament, le patient perce un compartiment, afin de maintenir l’interactivité avec son pilulier. Celui-ci est donc capable à la fois d’enregistrer les défauts d’observance et d’envoyer au patient un signal, lumineux ou sonore, un SMS voire un email afin de lui signaler les anomalies constatées.

De plus, le patient a la possibilité de choisir d’autres personnes destinataires de ces informations, notamment son médecin de famille, ses enfants ou une infirmière afin de l’aider dans le respect de la prescription. Ainsi l’objet connecté fonctionnant à la fois  comme un capteur et comme un acteur deviendrait un aide intelligent garant d’une bonne observance et d’un suivi médical efficace.

Par ailleurs, on peut citer un nouveau venu en diabétologie, le glucomètre connecté, qui permet au patient de mesurer en temps réel son taux de glucose. Il  positionne son doigt sur un dispositif auto-piqueur qui prélève une goutte de sang, analysée puis stockée dans l’espace du moniteur de glucose. En quelques secondes, il peut accéder sur son smartphone à une application dédiée permettant de visualiser les mesures réalisées sous divers formats, selon une périodicité variable et en fonction des besoins. Elle est ainsi capable d’aider à l’auto-administration de sa thérapie avec un degré de sécurisation d’autant meilleur qu’à partir de l’enregistrement des données sur le Cloud sécurisé, les résultats peuvent être envoyés au médecin traitant, voire à un membre de la famille.

Dans ce paysage, quelques perspectives apparaissent moins séduisantes. Ce n’est pas tant en termes de coût, encore que celui-ci puisse  induire une certaine inégalité d’accès au soin, qu’en termes de disponibilité de ceux qui sont censés recevoir les informations…. et les traiter. On ne peut imaginer un médecin recevant à longueur de journée et à longueur d’année tous les résultats générés par l’ensemble de ses patients porteurs de maladies chroniques, ne serait-ce que sur le coup d’une anxiété conjoncturelle.

L’organisation consensuelle de l’interactivité n’est peut-être pas si simple à réaliser. Mais, c’est surtout le problème des big data qui se pose. Dans la mesure où la parfaite confidentialité ne peut être assurée, on peut craindre les effets dévastateurs de la diffusion des résultats vers certaines mutuelles ou compagnies d’assurances.

Le prêt à porter de la prévention

Dans le champ de la prévention, les objets connectés sont promis à un bel avenir en permettant de mieux maitriser les facteurs de risque afin d’éviter la survenue des accidents ou des maladies.

Sans s’attarder sur les objets connectés d’aide à la conduite des véhicules, actuellement très développés, ayant déjà débouché sur un prototype de véhicule autonome théoriquement « zéro accident », on peut citer les calendriers vaccinaux.  Destinés au grand public, ils permettent de gérer au mieux, les obligations et les recommandations médicales en vigueur tout en enregistrant l’état vaccinal de chacun et en rappelant les dates des prochains vaccins. Ils permettent également  aux voyageurs de disposer rapidement des réponses aux questions élémentaires, lesquels faire, et quand ?

Ce sont surtout les objets connectés, capables de permettre, comme on dit aujourd’hui de se coacher soi-même, qui paraissent utiles en termes de prise en compte des facteurs de risque vis-à-vis des maladies chroniques non transmissibles. Les quatre principales sont les maladies cardio-vasculaires, les cancers, le diabète et les pneumopathies chroniques.

Les facteurs de risque concernant ces pathologies sont bien connus y compris du grand public. Ne jamais fumer, maintenir un poids correct, faire régulièrement de l’exercice et suivre une alimentation saine restent théoriquement des mesures plutôt faciles à mettre œuvre. Or en pratique elles n’interviennent souvent qu’après qu’une de ces maladies se soit déclarée. Cette situation paradoxale, lourde de conséquences pourrait bénéficier des objets connectés. Quelques exemples en témoignent :

  • le pèse-personne intelligent peut être d’une certaine utilité pour le suivi des règles diététiques
  • le bracelet ou la montre multifonctions renseignant sur la fréquence cardiaque, la pression artérielle, la distance parcourue, les calories dépensées, la vitesse de déplacement, le profil du parcours réalisé, le degré de sudation, représentent des aides au respect de la règle des 20 minutes d’exercice par jour, d’autant plus intéressantes qu’elles prennent un relief high tech plutôt attractif
  • les vêtements connectés, bourrés de capteurs travaillant de concert avec ceux qui équipent déjà nos téléphones mobiles (GPS, Boussole, Caméra, Détecteur de lumière, Gyroscope, Accéléromètre,..) constituent également un apport potentiellement décisif.

Frédéric SALDMANL’ensemble de ces dispositifs s’inscrit dans un modèle de prise en charge de notre santé illustrée par le livre de Frédéric SALDMAN Le meilleur médicament c’et vous qui recommande de « ne pas se comporter en assisté par rapport à sa santé, mais en entrepreneur actif».

Toutefois, il existe des applications plus exotiques ou discutables, telles que le pantalon intelligent qui règle la taille en fonction de l’opulence du repas,  la montre patch connectée qui délivre de la nicotine à pénétration transcutanée ou la fourchette capable de mesurer la durée du repas, le nombre moyen de coups de fourchette par minute et  l’intervalle de temps entre chacun d’eux.

La prudence, le bon sens, restent donc indispensable avant d’acheter, mais l’essentiel est de pouvoir disposer d’une information pertinente dans un marché inflationniste. Comment le mobinaute peut naviguer dans ce milieu de la m-Santé, le m évoquant la dimension « mobile », sans risque de s’y noyer ?

« Aidez-moi » supplie le mobinaute, « j’arrive » répond  une startup française !

Le milieu de la m-Santé est devenu particulièrement tentaculaire. La Fondation des Nations Unies, dans un souci de structuration, y a distingué six catégories d’applications : l’éducation, la téléassistance, le diagnostic et le traitement de soutien, la communication et la formation pour les professionnels de santé, la maladie et le suivi d’une épidémie, la surveillance et la collecte de données à distance. A l’horizon 2017, les prévisionnistes annoncent 185 millions d’européens bénéficiant de l’apport de la m-Santé dans un marché représentant plus de 26 milliards de $.

Le manque d’évaluation sérieuse du matériel médical, soumis à la règle laxiste du label CE, s’applique avec tout autant, sinon plus de laxisme, aux objets connectés. L’utilisateur potentiel est donc exposé à tous les abus, d’autant que l’attrait pour des objets qui incarnent jeunesse et dynamisme devient irrésistible dès lors qu’ils sont issus des nouvelles technologies, alors qu’ils ne seraient  que de simples, mais couteux gadgets.

Guillaume MARCHANDDans cet « univers impitoyable », une démarche intéressante a été mise en route en 2012 par une startup française, dmd Santé. Créée en 2012 par un médecin psychiatre, Guillaume MARCHAND, avec la collaboration d’un médecin généraliste et d’un ingénieur spécialiste des TIC, cette startup a pour  mission déclarée d’aider les mobinautes à trouver l’application ou l’objet connecté de santé répondant parfaitement à ses attentes.

La profession de foi du fondateur est alléchante lorsqu’il déclare  « Il est primordial de créer de la confiance en santé mobile. Et cette confiance ne peut se développer que par la mise à disposition de tous d’applications mobiles et d’objets connectés de santé évalués par des professionnels de santé et des usagers sur la base d’un cahier des charges préalablement établi ». Il y a peu, l’entreprise faisait état d’un  réseau d’évaluation représentant 25 spécialités médicales et 700 évaluateurs.

L’intention répond à un vrai besoin, la démarche est intelligente, la société qui l’exploite est française, que demander de plus ???

Simplement la reconnaissance d’une habilitation par les pouvoirs publics…. A quand un label qui justifierait le cri de ralliement  Cocoricco je suis bien connecté ? Dans un pays où les diagnostics sont bien posés, mais où la mise en route du traitement est souvent longue à venir, une recommandation s’impose, « Vite c’est urgent » !

Pour en savoir plus

1- O HERSENT L’internet des objets – Les principaux protocoles M2m et leur évolution Vers Ip
Ed DUNOD 2014

2- dmd Santé La presse en parle
http://www.dmd-sante.com

3- The mobile health global market report, Reasearch2Guidance, 2013-2017
www.research2guidance.com/shop/index…id/262/

3- Socio-économic impact of mHealth, An assessment report for the EU, PWC, juin 2013

4- F SALDMAN Le meilleur médicament c’et vous
Ed Albin MICHEL 2013

 

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