Livre : La santé mentale – Vers un bonheur sous contrôle

La santé mentale - Vers un bonheur sous controleInterminable guerre de tranchées

Voici comment le livre est présenté, en quatrième de couverture, par son auteur et son éditeur :

Comment la santé mentale, idée progressiste de la psychiatrie d’après-guerre, s’est-elle transformée en outil de normalisation et de contrôle ?

Dans les années 1980, une neuropsychiatrie « scientifique » a ouvert la voie au discours gestionnaire : il s’agissait désormais de classer, de gérer, d’évaluer. Pour cela, la notion de santé mentale est devenue un opérateur essentiel, car, selon un rapport officiel, « la mauvaise santé mentale coûte à l’Union européenne de 3 à 4 % du produit intérieur brut, à la suite d’une perte de productivité ».

La pression de l’industrie pharmaceutique, le rôle dominant des neurosciences dans la recherche, la dévalorisation systématique de la psychanalyse, toute cette dérive fait de « la santé mentale pour tous » une nouvelle norme, un outil dans la gestion néolibérale des populations.

Le « complet bien-être », le bonheur sous contrôle, telles sont les visées que sous-tend le terme faussement rassurant de santé mentale.

Ces quelques phrases sont représentatives de notre singularité française dans le domaine de la santé mentale, qui étonne ou amuse voire consterne nombre de nos amis dans le monde : une guerre de tranchées, politique, idéologique, convictions contre convictions, croyances contre croyances, certitudes contre certitudes, anathèmes contre anathèmes, dénonciations contre dénonciations… Où est la démarche scientifique dans tout cela ?

Evidemment que dans le champ de la santé mentale, comme dans les autres, nombre de discours qui s’appuient sur des avancées scientifiques ne sont pas innocents mais très intéressés.

Evidemment que le discours gestionnaire, qui privilégie la dimension économique en toutes choses, n’a pas manqué de s’emparer de certaines données de la neuropsychiatrie scientifique. Mais faut-il rejeter celle-ci pour cela ? A cette aune, alors rejetons la physique relativiste qui a permis la bombe atomique, et la biologie moderne qui débouche sur les OGM…

Evidemment que l’industrie pharmaceutique fait pression afin de privilégier, pour les pathologies mentales comme pour les autres d’ailleurs, ses solutions médicamenteuses, surtout lorsqu’elles sont au long cours ou à vie. Mais peut-on nier que les psychotropes modernes, à défaut de guérir, permettent une meilleure prise en charge que la camisole ou l’électrochoc ?

Peut-être que le rôle des neurosciences dans la recherche en santé mentale est un peu trop dominant. Mais qui empêche leurs contempteurs de promouvoir, faire aboutir et faire reconnaître et financer des recherches et résultats éclatants en psychothérapie psychanalytique ?

Bien entendu que de nombreux rapports économiques et technocratiques soulignent que la mauvaise santé, mentale ou somatique, coûte à l’Union européenne une fraction du PIB par perte de productivité. Mais est-ce choquant d’énoncer ce constat s’il est fondé sur des faits mesurés ? Ce qui est scandaleux et hélas cela survient trop souvent, c’est de privilégier la rentabilité économique sur les gains de santé publique, mais ce scandale on le rencontre à de pires dimensions quant à la pollution, l’alcoolisme, les produits chimiques, pour ne relever que quelques exemples.

La « dévalorisation de la psychanalyse » ? Mais sa branche freudienne-lacanienne a-t-elle besoin d’adversaires rationalistes pour se déconsidérer ? Combien de victoires thérapeutiques à son actif ? Combien de bavardages, de chapelles, de sectes, d’anathèmes ? Quant à la qualification péjorative « néolibérale », elle s’applique certainement au fonds de commerce freudien-lacanien (le plus fort taux de psychiatres-psychanalystes-analystes se constate dans les beaux quartiers à fort pouvoir d’achat, pas dans les banlieues…) et très peu aux psychiatres qui triment dans nos structures publiques et associatives…

Evidemment que la neuropsychiatrie use, et sans doute abuse de « termes », d’outil de normalisation, classification, catégorisation. Mais c’est le travers d’un grand nombre de disciplines, scientifiques, médicales, sociologies ou administratives… Et il est un pire abus de terminologie : la débauche, le délire, la logorrhée freudienne-lacanienne !

La preuve : affirmer que « le terme faussement rassurant de santé mentale » couvre des visées de « complet bien-être, de bonheur sous contrôle », bref totalitaires, c’est une plaisanterie complotiste du même ordre que soutenir, par exemple, que la prévalence du cancer est inventée pour vendre des équipements de radiothérapie et de mammographie. D’autant qu’en matière de « normalisation et de contrôle des populations », le système politique qui pour l’instant a le plus cyniquement utilisé la psychiatrie fut peut-être bien celui dont se réclamaient certains de nos psychothérapeutes « progressistes »…

Ne serait-il pas largement temps, messieurs les sectateurs, de prendre le meilleur de chaque approche et de s’enrichir de vos différences ?

La santé mentale
Vers un bonheur sous contrôle
Mathieu Bellahsen
novembre 2014 – 186 pages

Editions La fabrique
64, rue Rébeval
75019 Paris
www.lafabrique.fr

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2 réflexions au sujet de « Livre : La santé mentale – Vers un bonheur sous contrôle »

  1. Electropsy

    Merci pour votre critique qui enrichit et complexifie la vision de la psychiatrie. On voudrait qu’il y ait les psychanalystes humanistes d’un côté, et les néodictateurs scientistes de l’autre. Quelle erreur grossière !
    En effet, il suffit de passer la frontière pour voir ces lignes de fracture s’effondrer comme le fait un rêve… au réveil.
    Une remarque cependant : l’électroconvulsivothérapie reste un traitement efficace qui gagnerait à être déstigmatisé.

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    1. Julien Ferry

      Totalement en accord avec vous quant à l’électroconvulsivothérapie, qui mérite d’être déstigmatisée : je visais l’utilisation brutalement abusive de l’électrochoc dans un passé encore récent et j’aurais donc dû être plus précis…

      Répondre

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