Itinéraire d’un directeur d’hôpital gâté

LANG GuyGuy Lang
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Le Grand Bleu
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Ne vous laissez pas faire !

L’humoriste Jean Charles a écrit que les trois grandes époques de l’humanité sont l’âge de la pierre, l’âge du bronze et l’âge de la retraite.

Et bien ça y est, je vais entrer dans cette troisième époque bénie.

Bénie ? Oui car quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on a raison d’avoir le courage de fuir.

En effet, et Romain Rolland l’a écrit, une discussion est impossible avec quelqu’un qui prétend ne pas chercher la vérité, mais déjà la posséder. Ce qui est de plus en plus la posture de nos divers interlocuteurs (adversaires ?) parmi lesquels on rencontre des gens forts mécontents de leur sort mais très satisfaits d’eux-mêmes.

Mais un départ à la retraite ne doit pas être un moment de tristesse ou de rancœur.

C’est plutôt l’occasion de jeter un œil dans le rétroviseur et de se souvenir, comme pour le service militaire, des bons moments et des  « bonnes » personnes croisées  et d’en tirer quelques enseignements.

Tout d’abord je retiens finalement (mieux vaut tard que jamais) que toutes les structures hospitalières présentent de l’intérêt. Même, oui ! même les CHU. En quoi c’est une surprise ? Tout simplement parce que j’avais toujours juré mes grands dieux que je n’irais pas dans ce type de structure, trop grande, trop impersonnelle, trop tout. Mon passage à Besançon m’a prouvé qu’il ne fallait pas généraliser et qu’un CHU pouvait plutôt être « très » que « trop ». Mais c’est aussi une question d’hommes et de femmes, bien sûr (mais nous y reviendrons).

De même pour les CHS. Pour moi ce fut un passage bref, de circonstance (revenir des îles n’est pas simple) mais qui s’est avéré intéressant et instructif.

Le médico-social (hôpital local, EHPAD), lui, a le mérite de vous mettre souvent seul face aux responsabilités et de vous apprendre ce que le mot diriger veut dire. Et sa composante humaine, hypertrophiée du fait d’un contact permanent avec les pensionnaires et /ou leurs familles, vous « humanise ». Usant mais riche.

La « tutelle ». L’ARH alors. Erreur d’aiguillage. Le pilotage version agence est aux antipodes (tiens, tiens) de la conduite quotidienne d’un établissement. Et quand en plus le commandant de bord et son adjoint s’y mettent, vaut mieux s’évader rapidement.

Et puis il y a l’outre-mer qui vous met face à vous-même, à vos qualités et vos défauts et qui vous permet de grandir en tant que directeur et en tant qu’homme. Malgré les difficultés inhérentes à ces postes (faut pas rêver, tout n’est pas rose, même pas le sable) c’est une expérience fabuleuse et inoubliable. A recommander à toutes celles et ceux prêts à quitter un certain confort  et se mettre en « danger ».

Voilà pour les « postes ».  Si tout est bon dans le cochon, il en va de même dans le métier de directeur d’hôpital. J’ai donc eu la chance d’en avoir couvert presque tout le spectre. Ce que j’en ai retenu ? Ne jamais dire « jamais » en matière de choix d’établissements.

Autre leçon, certes très personnelle, c’est qu’on peut faire une belle carrière, sans même que ce soit un objectif et si tant est que terminer en CHU en soit la marque, en passant par l’IISFCS et non par l’EHESP. Et que les hôpitaux locaux peuvent mener loin et haut (des nominations récentes le prouvent).

Et puis, et surtout, il y a les hommes et les femmes.

Des collègues rencontrés au fil des postes et des formations (Christine, Dominique, Jean-Guy, Philippe) et qui sont devenus des amis fidèles qu’il fera bon retrouver une fois la carrière des uns et des autres terminée.

Des collègues, comme au CHRU de Besançon, avec lesquels il a fait bon travailler d’égal à égal, ou en position hiérarchique, qu’elle soit avec une direction générale compétente et bienveillante ou avec « mon » jeune et sémillant Padawan, Samuel dans un improbable binôme complice.

Un chef vosgien, certes roide, mais qui à la sortie de l’école, m’a réellement appris le boulot et a fini par me donner toute sa confiance. Ce qui valait toutes les réussites à tous les concours possibles.

Et il y eu ce bienveillant mais trop bref directeur de la santé de Polynésie ainsi que « mon » premier directeur qui m’a donné l’envie de faire ce métier et hélas trop tôt parti.

Certes il y eu l’égotiste et hiératique Levantin et son sicaire administratif. Ou encore le piètre duc de Nemours et ses petits affidés. Mais comme disait l’autre, le bilan est globalement (très) positif.

Et il y eut tous ces évènements, petits et grands, tristes ou joyeux voire drôles, qui ont rythmé une carrière, que dis-je, une vie, et ont rendu l’une et l’autre si intéressante.

Je ne voudrais pas clore cet article sans remercier mes amis d’Hôpital & Territoires. Dominique qui a toujours su, même dans un autre cadre, couvrir mes élucubrations, Patrice et Jean-Noël toujours à l’écoute, et Seiler et son humour décapant qui a toujours illustré mes articles avec talent et ironie (sans parler des fois où il m’a caricaturé !)

Et last but not least, car derrière chaque grand homme (à partir de 1 m 88 on peut dire cela), il y a une femme, je veux remercier mon épouse sans laquelle je n’aurais jamais été le directeur d’hôpital que modestement  je suis devenu.

Je vais définitivement quitter les hôpitaux, et éviter d’y retourner comme malade, avec nostalgie mais sans regrets ni crainte aucune pour le futur, car comme l’a écrit Beaumarchais : « L’ennui n’engraisse que les sots », et me consacrer aux voyages et à la famille, valeur refuge ultime et inégalable.

Bon vent à toutes et à tous et surtout ne vous laissez pas faire ! Hôpital & Territoires vous y aidera.

9 réflexions au sujet de « Itinéraire d’un directeur d’hôpital gâté »

  1. Florence BOUBET-RIVIERE

    Quelques mots de la part d’une de tes collègues de promo DH4.
    Bravo pour ton parcours professionnel et pour la manière dont tu l’as résumé.
    Tous mes souhaits pour une belle retraite vosgienne ou ailleurs!…

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  2. dollet

    oui mon ami nous serons là et plus souvent que pendant notre vie professionnelle (qui nous laissait finalement que peu de temps pour les loisirs)
    Je ne peux oublier :
    – l’espace « temps » de l’anhl où en tant que secrétaire tu m’envoyais ces billets d’humeur qui me ravissaient
    – la polynésie que nous avons découvert grâce à toi
    ……..et combien d’autres choses qui ont soudé à jamais une belle amitié entre nous
    Bons vents mon ami et que ceux -ci te conduisent jusque dans les plateaux calcaires du Quercy

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  3. André LE GOFF

    Superbement écrit, Guy !
    Nous partageons aussi tous les deux souvenirs alsaciens et polynésiens, tout autant qu’un parcours riche et diversifié.
    Je garderai de toi un souvenir chaleureux, amical, et aussi celui de la passion.
    Amitiés.

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