L’affaire du benfluorex (MEDIATOR) : un scandale peut en cacher d’autres

Stéphane GAYETDr Stéphane GAYET

 

Je profite de l’article judicieux de Louisa AROUDJ sur le MÉDIATOR https://lnkd.in/dWVHgxh qui met bien en exergue l’exemple courageux du docteur Irène FRACHON — médecin pneumologue brestoise — ayant été la première à mettre le doigt sur ce qui deviendra des mois plus tard le « scandale du MÉDIATOR ».

Irène FRACHON 14Irène FRACHON, comme le précise Louisa AROUDJ, a écrit un livre MÉDIATOR, combien de morts ? et son combat acharné – tout particulièrement contre les Laboratoires Servier (combat de type David contre Goliath) — s’illustre aujourd’hui sous la forme d’un film intitulé La fille de Brest qui doit sortir prochainement au cinéma.

Ce dossier du benfluorex (MÉDIATOR et autres appellations commerciales) est exemplaire à plus d’un titre.

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Le premier aspect est celui dont tout le monde parte, celui qui vient immédiatement à l’esprit : le scandale de la dissimulation savamment entretenue d’un effet secondaire grave. Le benfluorex est en effet dangereux vis-à-vis des valvules cardiaques, provoquant chez certaines personnes leur lente dégradation, ce qui aboutit à la longue à une insuffisance (fuite) valvulaire.

Il est avéré aujourd’hui que plusieurs hauts cadres de direction des Laboratoires Servier étaient au courant de cette possible grave toxicité, mais l’avaient sciemment et habilement passée sous silence. Il est fort probable que ces hauts cadres de direction aient misé sur la lenteur de la constitution des lésions valvulaires et sur leur caractère aléatoire pour taire ce risque de complication redoutable.

Mais c’était sous-estimer les possibilités informationnelles du numérique et la détermination de certaines personnes directement concernées.

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MÉDIATOR, combien de mortsLe deuxième aspect est celui dont personne ne parle. Le benfluorex a d’abord été commercialisé comme antidiabétique oral de complément pour les diabétiques de type 2. C’est secondairement que les Laboratoires Servier ont compris qu’il pouvait être très lucratif de le proposer comme coupe-faim. Car un volet important du traitement du diabète de type 2 consiste à réduire l’apport calorique pour faire perdre du poids.

Mais pourquoi diable tant de personnes ont-elles besoin d’un coupe-faim pour perdre du poids ?

Cela nous renvoie à un autre scandale, celui de l’industrie agroalimentaire qui nous pousse — non pas à manger simplement à notre faim —, mais à nous gaver de sucres et de graisses hypercaloriques dont sont remplis des aliments industriels qui inondent la grande distribution alimentaire ; et cela fonctionne remarquablement bien : l’IMC (indice de masse corporelle) moyen de la population a tendance à croître régulièrement et il y a de fait de plus en plus de personnes ayant une surcharge pondérale et à un degré de plus d’obèses.

Ce scandale-là, personne n’en parle, mais les géants de l’industrie agroalimentaire – nous les connaissons bien… – s’en portent eux remarquablement bien sur le plan des bénéfices financiers.

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Le troisième aspect est celui de la protection des hauts dirigeants des Laboratoires Servier par plusieurs hommes politiques très influents, et des noms avaient été cités en plein cœur de l’affaire, puis rapidement tus pour des raisons que l’on peut deviner…

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Voilà les trois scandales de l’affaire du benfluorex, dite affaire MÉDIATOR. C’est un dossier vraiment exemplaire, un scandale d’une rare ampleur et d’une rare gravité qui fera date dans l’histoire du médicament et de la santé.

Mais hélas, il y en aura probablement d’autres…

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Stéphane GAYET :

Actuellement : Médecin des hôpitaux, chargé d’enseignement universitaire et conférencier, infectiologue & hygiéniste, CHU de STRASBOURG – Antenne régionale d’Alsace de lutte contre les infections nosocomiales (ARLIN d’Alsace), Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Université de Strasbourg

Précédemment : ICN Business School, Univadis Formation médicale continue en e-learning, CHU de Nancy

Études et formations : Faculté de médecine de Nancy

Contact : sur LinkedIn

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