Avis de l’OMS sur migration et santé

OMS Europe2Dans cette période où la migration, constante immémoriale de l’humanité, exacerbe les peurs, les haines, les extrémismes politiques et les fanatismes de toute sorte, il n’est pas inutile d’entendre le dire d’experts du bureau européen de l’OMS…

Quels sont les problèmes de santé auxquels sont couramment confrontés les réfugiés et les migrants à leur arrivée dans la Région européenne ?

Les problèmes de santé des réfugiés et des migrants sont semblables à ceux que connaît le reste de la population, bien que leur prévalence soit plus importante chez certains groupes. Parmi les problèmes de santé les plus fréquents auxquels doivent faire face les migrants nouvellement arrivés, il convient de mentionner les blessures accidentelles, l’hypothermie, les brûlures, les événements cardiovasculaires, les complications liées à la grossesse et à l’accouchement, le diabète et l’hypertension. Les femmes migrantes sont souvent confrontées à des difficultés spécifiques, liées notamment à la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant, à la santé sexuelle et génésique, et à la violence.

L’exposition des migrants aux risques associés aux mouvements de populations (troubles psychosociaux, problèmes de santé génésique, mortalité néonatale accrue, toxicomanie, troubles de la nutrition, alcoolisme et exposition à la violence) renforce leur vulnérabilité aux maladies non transmissibles. À cet égard, l’interruption des soins constitue le principal problème, en raison du manque d’accès aux systèmes de soins de santé et aux prestataires, ou de la décimation de ces services. Les déplacements entraînent l’interruption du traitement continu, ce dernier étant particulièrement important en cas de maladies et d’affections chroniques.

Les enfants vulnérables sont sujets aux infections aiguës telles que les infections respiratoires et la diarrhée, en raison des mauvaises conditions de vie et de l’état de dénuement pendant la migration, et doivent avoir absolument accès à des soins aigus. Le manque d’hygiène peut causer des infections cutanées. Le nombre de blessés et de décès chez les réfugiés et les migrants traversant la Méditerranée s’est en outre accru rapidement. Selon le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), 1 867 personnes se sont noyées ou ont disparu en mer lors des 6 premiers mois de 2015.

Les migrants contribuent-ils à la propagation des maladies transmissibles ?

Même si l’idée qu’il existe un lien entre les migrations et l’importation de maladies infectieuses est répandue, cette association n’est pas systématique. Les maladies transmissibles sont essentiellement liées à la pauvreté. Les migrants proviennent souvent de régions touchées par la guerre, les conflits ou la crise économique, et entreprennent de longs périples exténuants qui augmentent les risques de maladies, notamment de maladies transmissibles, en particulier la rougeole et les maladies d’origine alimentaire et hydrique.

OMSLa Région européenne possède une longue expérience en matière de lutte contre les maladies transmissibles telles que la tuberculose, le VIH/sida, l’hépatite, la rougeole et la rubéole. La charge de morbidité a été considérablement réduite au cours des périodes de développement économique, grâce à l’amélioration des conditions de logement, à l’accès à l’eau salubre et à des services d’assainissement efficaces, à la vaccination et aux antibiotiques. Or, ces maladies n’ont pu être éliminées et sévissent encore en Europe, sans lien avec les flux migratoires. Il est en de même pour les maladies à transmission vectorielle dans la région méditerranéenne, comme la leishmaniose, et des flambées épidémiques ont été récemment signalées en République arabe syrienne. La leishmaniose ne se transmet pas d’une personne à l’autre et peut être traitée efficacement.

Le risque d’importation d’agents infectieux rares et exotiques en Europe, tels que les virus Ebola, Marburg et Lassa ou le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), est extrêmement faible. L’expérience démontre que, si importation il y a, elle est le fait de voyageurs, touristes ou travailleurs de la santé plutôt que de réfugiés ou de migrants.

Tuberculose

Chez les migrants, le risque d’être infectés par la tuberculose ou de contracter cette maladie dépend de divers facteurs : l’incidence de la tuberculose dans leur pays d’origine, les conditions de vie et de travail dans les pays d’immigration (notamment l’accès aux services de santé et au système de protection sociale), leur contact éventuel avec un cas infectieux (le niveau d’infectiosité et la durée d’exposition par voie aérienne jouant notamment un rôle à cet égard) et le mode de transport utilisé pour rejoindre l’Europe (le risque d’infection est plus élevé dans des espaces mal ventilés). Les personnes souffrant de formes graves de tuberculose infectieuse ne sont souvent pas aptes à entreprendre ce voyage. L’incidence de la tuberculose dans les pays d’origine oscille de seulement 17 nouveaux cas pour 100 000 habitants en République arabe syrienne à 338 cas au Nigéria.

Le taux moyen de tuberculose dans la Région européenne est de 39 pour 100 000 habitants. La tuberculose n’est pas facilement transmissible, et seule une faible proportion des personnes infectées contracte une maladie évolutive (allant d’un risque de 10 % sur la vie entière à un risque annuel de 10 % chez les personnes séropositives) et ce, quelques mois ou années après l’infection. Enfin, les cas de transmission de la tuberculose des migrants à la population locale sont peu nombreux en raison des contacts limités.

Infection à VIH et hépatite virale

Si les conflits et les situations d’urgence peuvent perturber les services de soins du VIH, la prévalence de cette infection est généralement faible chez les populations du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Par conséquent, le risque d’importation du VIH en Europe par les migrants en provenance de ces pays est faible. La proportion de migrants chez les personnes vivant avec le VIH varie largement d’un pays européen à l’autre, de moins de 10 % en Europe centrale et orientale, à 40 % dans la plupart des pays d’Europe du Nord. En Europe occidentale, elle est de 20 à 40 %. Malgré la baisse observée au cours de cette dernière décennie, les migrants représentent encore 35 % des nouveaux cas de VIH dans l’Union européenne et l’Espace économique européen. Il est cependant de plus en plus prouvé que certains migrants contractent le virus après leur arrivée.

Comme de nombreux pays en développement sont particulièrement touchés par l’hépatite virale, l’afflux croissant de réfugiés en provenance de pays hautement endémiques fait évoluer la charge de morbidité en Europe.

Maladies respiratoires et MERS-CoV

Les réfugiés ne posent pas un risque accru d’infections respiratoires (par exemple, la grippe, le virus respiratoire syncytial, l’adénovirus, le virus parainfluenza) pour les populations locales, parce qu’il s’agit d’infections communes circulant largement dans les pays de destination. Cependant, le stress physique et mental ainsi que la précarité liée au manque de logement, de nourriture et d’eau potable accroissent le risque d’infections respiratoires chez les réfugiés, ce qui peut provoquer de graves maladies chez les groupes vulnérables (femmes enceintes, nouveau-nés, enfants âgés de moins de 5 ans, personnes souffrant de maladies chroniques sous-jacentes, seniors).

Depuis septembre 2012, 15 cas confirmés en laboratoire d’infection au coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV), dont sept décès dus à cette maladie, ont été signalés dans huit pays de la Région européenne de l’OMS. Il s’agissait principalement de cas importés, et aucune propagation du virus n’a été rapportée. Le risque qu’un autre voyageur infecté par le MERS-CoV entre dans la Région européenne persiste, bien qu’il soit peu élevé. La plupart des voyageurs à destination de l’Europe ne transitent pas par les pays ayant actuellement signalé des cas de MERS-CoV. Si c’est le cas, ils ne se rendront probablement pas dans les hôpitaux locaux. Le seul facteur inconnu est la probabilité de contact avec des chameaux et les produits de ces animaux.

Alors que le risque d’une importante flambée épidémique de cette maladie est jugé faible dans les pays de l’Union européenne, la flambée signalée au début de cet été en République de Corée indique que cette possibilité ne peut être exclue.

Maladies à transmission vectorielle

L’afflux massif de réfugiés peut accroître le risque de réintroduction et de flambées localisées de maladies à transmission vectorielle, comme le paludisme et la leishmaniose. La réapparition récente du paludisme en Grèce, directement liée à un afflux de migrants en provenance du Pakistan, en constitue la preuve. Cette expérience montre que la menace d’une réintroduction ne s’est pas évanouie et qu’une vigilance constante est nécessaire pour s’assurer que toute résurgence peut être rapidement contenue. En ce moment, deux pays de la Région européenne de l’OMS, le Tadjikistan et la Turquie, sont exposés à un risque important de réintroduction du paludisme en raison de l’importation de cette maladie d’Afghanistan et de République arabe syrienne, respectivement.

Résistance aux antimicrobiens

La résistance aux antimicrobiens n’est pas une maladie en soi, mais une complication du traitement médical. Dans certaines situations, comme le surpeuplement et les mauvaises conditions d’hygiène dans les camps de réfugiés, les infections peuvent facilement se déclarer et se propager. La présence d’agents pathogènes résistants dépend aussi de l’origine de l’infection (environnementale, animale, alimentaire ou humaine).

Maladies d’origine alimentaire et hydrique

Les mauvaises conditions de vie associées à la migration peuvent accroître le risque de maladies d’origine alimentaire et hydrique. Si certains migrants peuvent avoir contracté ces maladies avant leur départ, ils tombent généralement malades pendant leur voyage, et en particulier dans les camps surpeuplés. L’approvisionnement en eau propre et en aliments sains peut ainsi être perturbé, et leur ravitaillement, leur stockage ou leur préparation peuvent s’effectuer dans des conditions insalubres. Dans ce cas, les populations peuvent utiliser des ingrédients contaminés ou consommer des aliments avariés.

Le surpeuplement constitue un facteur déterminant pour les flambées de maladies d’origine hydrique et alimentaire. Si la diarrhée est en le symptôme le plus courant, elle peut s’accompagner de nausées, de vomissements ou de fièvre. Parmi ces maladies, il convient de mentionner la salmonellose, la shigellose, la campylobactériose et l’hépatite A. Les nourrissons, les jeunes enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes immunodéficientes, notamment celles souffrant du VIH/sida, sont particulièrement vulnérables à ces maladies.

Le niveau de consommation quotidienne d’eau nécessaire à la survie, d’après le manuel Sphère, est de 2,5 à 3 litres d’eau potable par personne. Dans les camps de réfugiés, les besoins essentiels en eau sont de 15 litres au total par personne. Ces normes ne sont généralement pas respectées lors des migrations, et l’eau est souvent d’origine inconnue et non traitée. Les migrants ne peuvent souvent se laver les mains au savon et respecter les règles d’hygiène personnelle, y compris la lessive.

Aux postes-frontières, l’eau potable, les toilettes et les installations de douche font généralement défaut. Les centres d’accueil ne disposent pas de suffisamment de poubelles et l’évacuation des déchets ne s’effectue pas d’une manière régulière, une situation qui constitue une menace supplémentaire pour la santé des migrants, dans la mesure où les mouches, les moustiques et les rongeurs s’y reproduisent facilement.

Chaleur

Les fortes chaleurs peuvent entraîner des problèmes de santé et s’avérer mortelles. Lorsque la température extérieure est supérieure à la température de la peau, le seul mécanisme disponible d’évacuation de la chaleur est l’évaporation (transpiration). Par conséquent, tous les facteurs entravant cette évaporation, comme l’humidité ambiante élevée ou le port de vêtements trop serrés, peuvent provoquer une augmentation de la température corporelle, et donc des coups de chaleur aux conséquences mortelles. La chaleur peut en effet être à l’origine d’un épuisement, de crises cardiaques ou d’une confusion, et aggraver des pathologies existantes comme les maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Le risque de stress thermique est aggravé par tout un ensemble de facteurs, notamment les affections chroniques, l’isolement social, le surpeuplement, l’alitement et certains traitements médicaux.

Quelles interventions doivent être mises en œuvre pour prévenir la propagation des maladies transmissibles ?

Tuberculose

Les pays européens doivent garantir la couverture sanitaire universelle des réfugiés et des migrants (en situation régulière ou irrégulière), notamment le diagnostic précoce de la tuberculose et la prestation de soins efficaces pendant toute la durée du traitement. Il s’agit non seulement d’une condition essentielle pour respecter les droits de la personne humaine, mais aussi pour mener une lutte efficace contre la tuberculose et éliminer cette maladie dans la Région européenne de l’OMS. Cette dernière est aussi la seule Région de l’OMS à disposer d’un document de consensus relatif au programme minimal de lutte et de soins transfrontières en matière de tuberculose.

Il s’agit d’assurer l’accès aux services médicaux, quel que soit le statut du migrant en termes d’enregistrement, et la mise en œuvre d’une politique sur la non-déportation jusqu’à ce qu’un traitement antituberculeux intensif ait pu être entièrement administré. Les cas de tuberculose doivent être notifiés en vertu du Règlement sanitaire international (2005).

Infection à VIH et hépatite virale

Les systèmes de santé doivent améliorer les programmes de prévention et de soins en matière d’hépatite virale. Plusieurs pays de la Région européenne de l’OMS procèdent uniquement à la vaccination des groupes à haut risque contre l’hépatite B, contrairement à la recommandation de l’OMS qui préconise la vaccination universelle des nouveau-nés, le moyen le plus efficace de prévenir la transmission mère-enfant.

Dans les pays d’origine et de destination des migrants, les facteurs sociaux, économiques et politiques influent sur leurs risques d’infection par les virus du VIH et de l’hépatite. Il s’agit notamment de la pauvreté, de la séparation conjugale, des normes sociales et culturelles, des barrières linguistiques, des mauvaises conditions de vie et des conditions de travail abusives, y compris la violence sexuelle. L’isolement et le stress peuvent inciter les migrants à adopter des comportements à risque, ce qui accroît les probabilités d’infection. Cette situation est aggravée par un accès inadéquat aux services de prise en charge de l’infection à VIH et la crainte de la stigmatisation. Les femmes migrantes peuvent être particulièrement vulnérables.

Certains pays d’Europe ne dispensent pas de services de traitement du VIH aux personnes dont le statut juridique est incertain, et les migrants peuvent dès lors être concernés. L’OMS soutient les politiques garantissant des services de dépistage, de prévention et de traitement du VIH, quel que soit le statut juridique des migrants. Certains pays obligent leurs migrants à passer un test de dépistage du VIH. Or, l’OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies déconseillent fortement ce dépistage obligatoire chez les migrants, mais cautionnent l’organisation systématique de tests rapides, ainsi que la dispensation d’un traitement et de soins anti-VIH le cas échéant. De même, le dépistage volontaire de l’hépatite virale chez les migrants s’est avéré rentable.

Certains pays redoutent que l’accueil de demandeurs d’asile séropositifs accroisse très fortement la demande de traitement, ou qu’un afflux de demandeurs d’asile ou réfugiés vivant avec le VIH constitue une menace importante pour la santé publique. Ces deux craintes sont cependant en contradiction avec les données disponibles à cet égard, et ne reposent sur aucune base morale, juridique ou de santé publique.

Maladies respiratoires et MERS-CoV

Les pays de transit et d’accueil doivent être à même de reconnaître et de traiter les graves maladies respiratoires. Ces pays ou l’OMS doivent envisager de vacciner les réfugiés à risque contre la grippe saisonnière dès octobre-novembre 2015 et ce, avant que la grippe ne se généralise dans la Région. Afin d’éviter ou d’atténuer la transmission, il importe particulièrement que les laboratoires soient capables de dépister les cas de MERS-CoV, que des services de traitement équipés de salles d’isolement soient mis en place, que des dispositions soient prises pour la recherche des contacts, que des mesures soient appliquées de manière adéquate et cohérente pour prévenir l’infection, et que des conseils de santé publique soient formulés à cet égard.

Maladies à transmission vectorielle

L’expérience de la Turquie montre qu’un système de santé bien préparé peut empêcher la réintroduction des maladies à transmission vectorielle. Depuis 2012, le système de santé turc fait montre d’une forte capacité et d’une très grande souplesse d’adaptation face aux nouveaux besoins, et la réintroduction du paludisme et les flambées épidémiques de leishmaniose ont pu jusqu’à présent être évitées.

Résistance aux antimicrobiens

Pour les besoins du traitement, il est important de connaître les formes dominantes de résistance aux antimicrobiens dans le pays ou la région d’origine d’un migrant et dans le pays où il se rend. De préférence, le patient sera soumis à un examen médical afin que les médecins puissent décider de son traitement en connaissance de cause. Pour cela, il doit avoir accès au système de santé du pays d’accueil. Si cet accès lui est refusé, il risque d’être privé des antimicrobiens adaptés à son cas. Une telle situation n’est pas dans l’intérêt du patient et peut entraîner une résistance aux microorganismes avec lesquels il entre en contact.

Maladies d’origine alimentaire et hydrique

Il est important d’éviter l’apparition de maladies d’origine alimentaire et hydrique parmi les migrants, en particulier pendant leur séjour dans des camps, où ces maladies peuvent facilement prendre des proportions épidémiques, notamment dans les campements de fortune. Des informations sur les bonnes pratiques en matière de manipulation hygiénique des aliments, telles que les Cinq clefs pour des aliments plus sûrs de l’OMS devraient être diffusées.

L’accès à l’eau potable est un facteur essentiel de la prévention des maladies d’origine alimentaire et hydrique, et des évaluations rigoureuses de la qualité de l’eau et de l’assainissement devraient être réalisées aux frontières et dans les centres d’accueil. À cette fin, il conviendrait de mettre en place un système d’approvisionnement d’urgence (bouteilles d’eau ou citerne) et de s’occuper du traitement, de la désinfection, du stockage et de la distribution de l’eau. Les autorités locales doivent surveiller la qualité de l’eau et prévoir des installations pour le lavage des mains, avec des quantités suffisantes de savon, à proximité des toilettes. Si le manuel Sphère recommande une toilette pour 20 personnes au maximum en situation d’urgence, cette norme ne peut pas être respectée, la plupart du temps : les milliers de migrants qui arrivent chaque jour au centre d’accueil de Guevgueliya, dans le sud de l’ex-République yougoslave de Macédoine, ne disposent que de 10 toilettes, et la situation n’est pas meilleure au centre d’accueil de la Serbie.

Chaleur

Les mesures les plus importantes à prendre en cas de vague de chaleur sont les suivantes : éviter ou réduire l’exposition, mettre en place une communication efficace sur les risques, accorder un soin particulier aux groupes de population vulnérables et prendre en charge les pathologies bénignes ou graves dues à la chaleur. Le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe a élaboré à l’intention de différents publics des fiches d’information contenant des conseils de santé publique sur la prévention des effets de la chaleur sur la santé.

Pourquoi les maladies non transmissibles sont-elles un aspect important à prendre en compte lors de l’arrivée massive de réfugiés et de migrants ?

Les maladies non transmissibles sont des causes courantes de morbidité et de mortalité évitables :

  • Les principales maladies non transmissibles sont les maladies cardiovasculaires, le diabète, le cancer et les maladies respiratoires chroniques.
  • Dans certains pays à revenus faible et intermédiaire, la prévalence d’affections telles que le diabète et l’hypertension chez l’adulte atteint des niveaux compris entre 25 et 35 %.

Quelles sont les recommandations de l’OMS relatives au triage des migrants à leur arrivée et de dépistage des maladies ?

L’OMS ne recommande pas le dépistage systématique des maladies dans les populations réfugiées et migrantes, car il n’existe aucune donnée démontrant clairement son intérêt (ou son efficacité par rapport au coût). En outre, ce contrôle peut être source d’angoisse pour certains réfugiés et pour la communauté au sens large.

En revanche, l’OMS recommande vivement de proposer et de pratiquer des examens médicaux afin que tous les réfugiés et migrants ayant besoin d’une protection sanitaire aient accès à des soins de santé. Ces examens devraient être effectués pour détecter les maladies transmissibles comme les maladies non transmissibles, dans le respect des droits de l’homme et de la dignité des migrants.

Les résultats d’un dépistage ne doivent jamais être utilisés comme motif ou justification pour expulser un réfugié ou un migrant d’un pays :

  • Le dépistage obligatoire dissuade les migrants de demander un bilan de santé et compromet la détection des patients à haut risque.
  • Bien que beaucoup de gens croient en l’existence d’un lien entre migration et importation de maladies infectieuses, ce lien n’existe pas systématiquement. Les réfugiés et les migrants sont principalement exposés aux maladies infectieuses courantes en Europe, indépendamment des migrations. Le risque de voir des agents infectieux exotiques tels que le virus Ebola importés en Europe est extrêmement faible et, lorsque cette importation se produit, l’expérience montre qu’elle touche les personnes qui voyagent régulièrement, les touristes ou les professionnels de santé plutôt que les réfugiés ou les migrants.

Le triage est recommandé aux points d’entrée afin de repérer les problèmes de santé chez les réfugiés et les migrants peu de temps après leur arrivée. Il doit être suivi d’un diagnostic et d’un traitement appropriés, et les soins de santé nécessaires à certains groupes de population (enfants, femmes enceintes, personnes âgées) doivent être assurés.

Chacune des personnes déplacées doit avoir pleinement accès à un environnement accueillant, à la prévention (par exemple à la vaccination) et, si nécessaire, à des soins de santé de qualité, sans discrimination en raison de son sexe, de son âge, de sa religion, de sa nationalité ou de sa race. C’est là la meilleure façon de s’assurer que la population locale n’est pas inutilement exposée à des agents infectieux importés. L’OMS soutient les politiques en faveur de la prestation de services de soins de santé aux migrants et aux réfugiés quel que soit leur statut juridique, au titre de la couverture sanitaire universelle.

Les personnes souffrant de maladies non transmissibles peuvent être plus vulnérables du fait des conditions de vie qui règnent généralement lors des migrations 

Les maladies non transmissibles ont des caractéristiques communes qui peuvent rendre les personnes atteintes plus vulnérables si ces personnes sont des réfugiés ou des migrants. Ces maladies :

  • exigent l’administration de soins en continu pendant une longue période (souvent pendant toute la vie) ;
  • nécessitent souvent un traitement régulier sous la forme d’un médicament, d’une technologie médicale ou d’un appareil ;
  • peuvent provoquer des complications aiguës qui nécessitent des soins médicaux, entraînent des dépenses de santé, voire limitent les fonctions de l’organisme, et peuvent avoir une incidence sur les activités quotidiennes et diminuer l’espérance de vie ;
  • exigent une coordination des soins dispensés et un suivi entre les différents prestataires et lieux de soins ; et
  • nécessitent parfois la mise en place de soins palliatifs.

Défis liés à la santé sexuelle et génésique et mesures prises par l’OMS dans ce domaine

Au cours des vingt dernières années, un certain nombre de problèmes liés à la santé sexuelle et génésique ont vu le jour dans la Région européenne de l’OMS en raison de l’accroissement des migrations.

Par exemple, les mutilations génitales féminines sont aujourd’hui un sujet d’actualité dans la Région, dans des pays tels que la Belgique, la Norvège, le Royaume-Uni et la Suède, et les pays ont demandé conseil à l’OMS pour traiter cette question. De plus, une partie de la population migrante et réfugiée souffre de maladies non transmissibles non diagnostiquées, par exemple de maladies cardiovasculaires ou de diabète, qui entraînent des problèmes pendant la grossesse et peuvent se traduire par une morbidité grave chez les mères, voire le décès.

Les migrants non enregistrés, qui n’ont pas accès aux services de santé génésique – notamment aux services de soins prénatals – et ne sont pas informés de leur existence, sont source de préoccupation, car cette situation peut se traduire par des diagnostics tardifs et, parfois, des affections potentiellement mortelles pour les femmes, les mères et leurs bébés.

Une analyse de la santé maternelle des réfugiées et des migrantes est actuellement réalisée par le Réseau des bases factuelles en santé de l’OMS et sera achevée en 2016. Ce groupe cible sera pris en compte dans le plan d’action européen de l’OMS sur la santé sexuelle et génésique, qui sera présenté à la 65e session du Comité régional pour l’Europe en 2016.

Quelles sont les conséquences d’une migration soudaine sur la santé des personnes atteintes de maladies non transmissibles ?

Les conditions dans lesquelles voyagent les réfugiés et les migrants peuvent entraîner, chez les personnes atteintes de maladies non transmissibles, une importante aggravation ou une détérioration potentiellement mortelle de leur état de santé. Les personnes âgées et les enfants sont particulièrement vulnérables. Des complications peuvent être provoquées par les causes suivantes :

  • traumatismes physiques : traumatismes directs (infection secondaire, mauvais contrôle de la glycémie) compromettant la prise en charge des blessures graves ;
  • déplacements forcés : médicaments ou dispositifs médicaux devenus inaccessibles, perte des ordonnances, pas d’accès aux services de soins de santé, d’où une interruption prolongée des traitements ;
  • dégradation des conditions de vie : perte du logement, manque d’approvisionnement régulier en eau et en nourriture et absence de revenus, ajoutés à la fatigue physique et psychologique ;
  • interruption des soins : due à la destruction des infrastructures sanitaires, à la désorganisation de l’approvisionnement en fournitures médicales et à l’impossibilité d’accéder à des prestataires de soins de santé, qui ont parfois été tués ou blessés ou qui sont dans l’incapacité de reprendre leur travail ; les coupures d’eau ou d’électricité peuvent également avoir des conséquences potentiellement mortelles, notamment chez les personnes souffrant d’insuffisance rénale terminale et nécessitant des dialyses.

Normes minimales à respecter pour répondre aux besoins des réfugiés et des migrants souffrant de maladies non transmissibles

  • Recenser les personnes atteintes de maladies non transmissibles afin qu’elles puissent continuer à suivre le traitement qu’elles recevaient avant de migrer ;
  • Garantir un traitement aux personnes souffrant d’une aggravation et de complications aiguës et potentiellement mortelles de maladies non transmissibles ;
  • En l’absence de traitements des maladies non transmissibles, établir des procédures opératoires normalisées claires concernant l’aiguillage des patients ;
  • Veiller à ce que les équipements de diagnostic essentiels, les principaux examens de laboratoire et les médicaments nécessaires à la prise en charge systématique des maladies non transmissibles soient disponibles dans le système de soins de santé primaires. Les médicaments figurant dans la liste des médicaments essentiels établie au niveau local ou par l’OMS conviennent à cet effet.

Indicateurs clés :

  • Tous les établissements de soins de santé primaires disposent de procédures opératoires normalisées bien définies en ce qui concerne l’aiguillage des patients atteints de maladies non transmissibles vers des structures de soins secondaires ou tertiaires.
  • Ils disposent tous des médicaments nécessaires pour continuer le traitement de pré-urgence des patients concernés, y compris pour soulager la douleur.

L’OMS préconise-t-elle l’allaitement maternel dans le contexte de migrations à grande échelle ?

La capacité de l’allaitement maternel à sauver des vies dans des situations d’urgence, en particulier dans le cadre de migrations à grande échelle, est solidement étayée par des bases factuelles et des recommandations. La Stratégie mondiale pour l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant explique comment améliorer l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant en contexte d’urgence.

Dans toutes les situations, le meilleur moyen d’éviter la malnutrition, certaines maladies et la mortalité chez les nourrissons et les jeunes enfants consiste à commencer l’allaitement maternel une heure après la naissance, à nourrir exclusivement l’enfant au lait maternel (sans autre nourriture solide ou liquide, ni même de l’eau) jusqu’à l’âge de 6 mois et à poursuivre l’allaitement maternel, complété par des aliments appropriés, jusqu’à l’âge de 2 ans ou plus.

Même en situation d’urgence, l’objectif devrait être de créer et de maintenir un environnement qui encourage les mères à allaiter fréquemment leurs enfants au moins jusqu’à l’âge de 2 ans. Malheureusement, bon nombre de personnes croient à tort que le stress ou la mauvaise alimentation, qui sont courants lors d’importants mouvements migratoires, peut diminuer la capacité des mères à allaiter correctement leurs enfants. Dans ces circonstances exceptionnelles, les dons non sollicités ou non contrôlés de substituts du lait maternel risquent de nuire à l’allaitement maternel et devraient être refusés. À l’inverse, l’allaitement maternel devrait être activement protégé et soutenu.

Au titre de l’assistance sanitaire dans ce contexte, les hôpitaux et les autres services de soins de santé devraient disposer d’un personnel sanitaire formé qui soit à même d’aider les mères à organiser l’allaitement de leurs enfants et à surmonter les éventuelles difficultés.

Quelles sont les recommandations de l’OMS en ce qui concerne la vaccination des migrants récemment arrivés ?

La transmission de maladies évitables par la vaccination aux populations d’un pays d’accueil a autant de probabilités de se produire lorsqu’un habitant de ce pays rentre de vacances passées dans un pays endémique qu’après l’arrivée d’un migrant en provenance de ce pays. Il existe encore de grandes disparités en termes d’immunité des populations d’un point à l’autre de la Région, soit parce que les individus décident de ne pas bénéficier des avantages de la vaccination, soit en raison d’un accès limité à des services de vaccination.

Le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe ne recueille pas systématiquement les informations sur la transmission des maladies à prévention vaccinale entre les migrants ou sur la couverture vaccinale de ces populations. Toutefois, il est bien établi que des flambées épidémiques de rougeole ont eu pour origine la transmission de la maladie aussi bien par des migrants, des populations mobiles, des voyageurs internationaux que des touristes.

L’accès équitable à la vaccination est d’une importance capitale et il constitue l’un des objectifs du Plan d’action européen pour les vaccins 2015-2020. Ce plan propose que tous les pays de la Région accordent une attention particulière aux migrants, aux voyageurs internationaux et aux communautés marginalisées, en garantissant leur éligibilité et leur accès à des services de vaccination et à des informations sur la vaccination qui soient adaptés, notamment sur le plan culturel. Nous rendons hommage aux nombreux pays, tels que ceux accueillant d’importants flux de migrants, qui font bénéficier ces personnes de leurs programmes de vaccination systématique.

La couverture vaccinale de tous les pays peut être consultée à l’adresse :

http://www.who.int/immunization/monitoring_surveillance/routine/coverage/en/

Quel accès aux soins de santé l’OMS recommande-t-elle pour les réfugiés et les migrants ?

Le statut juridique est l’un des déterminants les plus importants de l’accès des migrants aux services de santé d’un pays. Chacun des réfugiés et des migrants doit avoir pleinement accès, en permanence, à un environnement accueillant et, si nécessaire, à des soins de santé de qualité, sans discrimination en raison de son sexe, de son âge, de sa religion, de sa nationalité ou de sa race.

L’OMS soutient les politiques en faveur de la prestation de services de soins de santé aux migrants quel que soit leur statut juridique. Dans la mesure où l’accès rapide à des soins de santé peut déboucher sur la guérison, il peut éviter la propagation des maladies ; il est donc dans l’intérêt des migrants et du pays d’accueil de faire en sorte que la population locale ne soit pas inutilement exposée à l’importation d’agents infectieux. De même, le diagnostic et le traitement des maladies non transmissibles telles que le diabète et l’hypertension permettent d’éviter que ces pathologies ne s’aggravent et deviennent potentiellement mortelles.

Les pays de la Région européenne sont-ils suffisamment préparés pour relever les défis de santé publique que posent les grandes migrations ?

Les systèmes de santé des pays qui accueillent des migrants sont dotés des équipements et de l’expérience nécessaires pour diagnostiquer et traiter les maladies infectieuses et non transmissibles courantes ; ils devraient donc également être prêts à dispenser les soins de santé correspondants aux migrants. En vertu du Règlement sanitaire international (2005), tous les pays devraient disposer de systèmes efficaces de surveillance et de notification des maladies, pouvoir lancer une procédure d’enquête en cas de flambées épidémiques, et être à même de prendre en charge les cas et de mener les interventions qui s’imposent.

Si un agent infectieux exotique rare venait à être importé, l’Europe est prête à réagir, comme elle l’a montré au cours des dix dernières années avec les cas importés de fièvre de Lassa, de maladie à virus Ebola, de maladie à virus Marburg et de MERS, grâce à de bonnes capacités de laboratoire, à des établissements de soins équipés de salles d’isolement pour patients contagieux, à des personnels sanitaires formés et à un système de recherche des contacts.

Nous devons certes rester vigilants, mais cette question ne devrait pas être notre principale préoccupation. Si l’on veut réagir rapidement et efficacement à l’arrivée massive d’étrangers, une coordination et une collaboration efficaces sont nécessaires entre les pays et à l’intérieur de ceux-ci ainsi qu’entre les différents secteurs.

Pour apporter une réponse satisfaisante aux difficultés auxquelles sont confrontés les groupes de migrants, une bonne préparation s’impose : la préparation est indispensable à la mise en place de capacités adéquates à moyen et long terme, et elle exige des données épidémiologiques fiables et des informations sur les migrations, une planification rigoureuse, une formation et, avant tout, le respect des principes des droits de l’homme. La définition de scénarios d’urgence pour faire face aux importants afflux actuels ou potentiels de migrants dans un pays améliorera la coordination entre les nombreuses parties concernées, renforcera la résilience et évitera de mettre le système de santé à trop rude épreuve.

L’accès par des groupes vulnérables tels que les jeunes enfants à des soins aigus en cas de maladies courantes et graves doit être assuré, car l’état de santé des enfants peut se dégrader rapidement en l’absence de soins adaptés. Si nécessaire, les professionnels des soins de santé devraient apprendre à détecter et traiter les maladies transmissibles qu’ils ne rencontrent pas souvent. Ils devraient par ailleurs mieux se préparer à communiquer avec des étrangers parlant d’autres langues et issus de milieux culturels différents (grâce à l’aide d’interprètes ou par d’autres moyens).

Les systèmes de santé ne peuvent pas à eux seuls garantir des soins de qualité pour les groupes de migrants. Les déterminants sociaux de la santé tels que l’éducation, l’emploi, la sécurité sociale et le logement ont tous un impact considérable sur la santé des migrants.

Que fait l’OMS pour agir sur les conséquences des importants afflux de réfugiés et de migrants dans la Région européenne en termes de santé publique ?

L’OMS s’emploie à promouvoir des politiques de santé qui tiennent compte des besoins des migrants ; à renforcer les systèmes de santé de manière à favoriser un accès équitable aux services ; à mettre en place des systèmes d’information sanitaire pour évaluer la santé des migrants ; à échanger des informations sur les meilleures pratiques ; à sensibiliser davantage et à former les dispensateurs de services de santé et les professionnels de la santé aux aspects culturels et sexospécifiques de la santé des migrants ; et à promouvoir la coopération multilatérale entre les pays, conformément à la résolution WHA61.17 relative à la santé des migrants adoptée par la 61e Assemblée mondiale de la santé en 2008.

Les questions de santé liées aux mouvements de populations sont au centre des préoccupations de la Région européenne de l’OMS depuis de nombreuses années. Le cadre politique européen de la santé de l’OMS, Santé 2020, a particulièrement attiré l’attention sur la migration et la santé, ainsi qu’à la vulnérabilité et aux droits des populations humaines.

Suite aux crises politiques, économiques et humanitaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe, en collaboration avec le ministère italien de la Santé, a créé le projet PHAME (Migration et santé publique en Europe) en avril 2012. Ses objectifs sont de renforcer la capacité des systèmes de santé à répondre aux besoins des afflux mélangés de migrants et des populations du pays d’accueil ; de promouvoir les interventions sanitaires essentielles immédiates ; de garantir des politiques sanitaires qui tiennent compte des besoins des migrants ; d’améliorer la qualité des services de santé dispensés ; et d’optimiser l’utilisation des structures et ressources de santé dans les pays de destination de populations migrantes.

À la date d’août 2015, le Bureau régional avait réalisé des missions d’évaluation conjointes avec les ministères de la Santé de la Bulgarie, de Chypre, de l’Espagne, de la Grèce, de l’Italie, de Malte, du Portugal et de la Serbie, à l’aide du nouvel ensemble d’outils et de méthodes d’évaluation de la capacité du système de santé à gérer l’afflux de nombreux migrants pendant le fort de la crise, afin d’apporter des réponses et des solutions aux questions complexes, nécessitant de nombreuses ressources, multisectorielles et politiquement sensibles relatives à la santé et à la migration.

OMS Europe : www.euro.who.int/fr/home

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