Medias et santé, un couple infernal

DIDIER Jean-Pierre
Pr Jean-Pierre DIDIER
professeur des universités
praticien hospitalier honoraire
jean-pierre@hopital-territoires.eu

 

Un monde où l’on est au courant de tout, mais sans vraiment savoir

Fin octobre, des titres ont mis le feu à nos cuisines dans le cadre d’un buzz surgissant dans le sillage de la publication d’un rapport de l’OMS.

Parmi les titres les plus évocateurs dès le 26 octobre on pouvait lire « Viande rouge et charcuterie: le rapport qui fait un effet bœuf ! », « Haro sur la charcuterie, cause de cancer » ou avec un peu plus de nuance « La charcuterie est cancérogène, la viande rouge “probablement” aussi selon l’OMS ».

Logotipo da Organização Mundial de Saúde - OMS

Ratatouille en fut tellement bouleversé que l’OMS a dû, dans un rétropédalage, corriger rapidement le tir pour ramener un peu de calme.

Ainsi, le 30 octobre, 20 minutes pouvait résumer la situation : « L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne s’attendait peut-être pas à un tel écho de son annonce de lundi, sur les risques cancérigènes probables de la viande. Du coup, ce jeudi, l’organisation internationale a légèrement rétropédalé en se défendant d’avoir appelé les consommateurs à ne plus manger de viande ».

Cette agitation médiatique est d’autant plus surprenante dans cette affaire que, depuis 2002, un rapport de l’OMS avait déjà invité « les consommateurs de viande transformée à modérer les quantités pour réduire le risque de cancer colorectal ». Cette recommandation avait été relayée et précisée par l’INCA en 2013 : « La consommation de viandes rouges (bœuf, veau, mouton, agneau, porc, chèvre) et de charcuteries (viandes conservées par fumaison, séchage, salage ou addition de conservateurs) augmente le risque de cancer colorectal. Le risque est augmenté́ de 29 % par portion de viande consommée de 100 g/j et de 21 % par portion de 50 g de charcuterie/j ».

Les mécanismes responsables de ce risque significatif avaient même été explicités en faisant intervenir le rôle joué par les composés N-nitrosés apparaissant dans certaines conditions de cuisson ou les apports de sels nitrités dans la charcuterie en notant que « les nitrites ingérés sont classés dans le groupe 2 des agents probablement cancérogènes pour l’homme ».

On aurait pu penser que tout avait dit, eh bien non, tout se passant comme si le citoyen avait été incapable d’interpréter une information pourtant essentielle à sa santé. A qui la faute ? Aux médias, qui en respectant une ligne éditoriale, n’assureraient pas un rôle d’intermédiaire objectif entre les émetteurs de savoirs et les citoyens ? Aux usagers, qui noyés sous une avalanche d’informations, n’y attachent d’importance que lorsqu’elles révèlent un danger imminent, ou prennent une dimension particulièrement sensationnelle ?

Et si, plus probablement, les uns et les autres avec le laxisme des pouvoirs publics étaient emportés dans la spirale d’une information toujours plus rapide, plus abondante et plus percutante, au point qu’elle perde tout impact et surtout tout son sens?

Des données scientifiques aux titres accrocheurs

Il y a peu, des travaux scientifiques conduits par une équipe internationale ont permis d’établir un catalogue visant à l’exhaustivité de l’ensemble du millier de molécules impliquées dans le processus de la production d’énergie indispensable au fonctionnement musculaire. Dans les jours suivants on pouvait lire divers articles aux titres accrocheurs « Demain la pilule qui remplace l’exercice physique », « La pilule qui remplace le sport : c’est peut-être pour demain… », ou encore « Une pilule bientôt capable de remplacer l’activité physique … »

La lecture de l’article original permettait de redresser la barre en apprenant qu’une telle pilule n’était ni pour demain, ni destinée à permettre au paresseux de rester devant sa télévision avec une bonne petite mousse sans avoir à marcher pour préserver sa santé.

Comment ne pas être perplexe devant une telle « vulgarisation » d’une information scientifique, au risque d’une incohérence avec la mise en perspective des efforts d’une lutte développée contre la sédentarité conduisant à la préconisation d’une prescription de l’activité physique sur ordonnance ? On pourrait avancer que le sensationnel se vendant bien il n’y a pas à hésiter.

Pourtant il y a mieux encore.

Michele-BarzachLa lutte contre l’alcoolisme a constitué depuis longtemps une priorité́ de santé publique, le code des débits de boissons et de lutte contre l’alcoolisme ayant été établi en 1954 puis intégré au code de la santé publique. La loi n° 87‑588 du 30 juillet 1987 portant diverses mesures d’ordre social, dite Barzach, a prévu dans son titre VI des articles modifiant ce code.

Claude-EvinC’est dans cet environnement que l’Europe produisit en 1989 une directive consacrée à la communication sur les boissons alcoolisées et que se préparait la loi Evin votée en janvier 1991.

Or, il est possible de constater que se développa au début des années 90 le fameux French paradox qui allait interroger de nombreux français à la suite d’une émission pour CBS News rapportant que « les Français ont des risques statistiques de maladie cardio-vasculaire 3,5 fois inférieurs aux Américains grâce à leur consommation modérée de un à trois verres de vin rouge par jour, riche en antioxydant, en dépit d’une consommation équivalente de graisses saturées ».

Le French paradox résulte bien d’une démonstration épidémiologique fiable… mais son annonce, qui fit l’effet d’un bombe médiatique, avait omis de dissiper une ambigüité fondamentale : les bienfaits supposés du vin ne devaient pas faire oublier les effets nocifs de l’alcool qu’il contient, notamment en ce qui concerne la prévention du cancer.

Vingt-cinq ans plus tard, il apparait que cette information a engendré des effets dommageables :

  • elle a brouillé le message de l’OMS prêchant en 2010 la modération « pas plus de 21 verres par semaine pour l’usage régulier chez l’homme » tout en s’empressant de recommander de s’abstenir au moins un jour par semaine de toute consommation d’alcool et en remarquant que ces seuils n’assuraient aucunement avec certitude l’absence de tout risque…
  • elle a également jeté un doute sur les recommandations de l’INCA, qui finalement fit déborder le verre en réaffirmant en 2015, sur des données scientifiques validées, « Même à faible dose l’alcool augmente le risque de cancers »
  • enfin elle a mis en difficulté l’application de la loi Evin pour laquelle un amendement polémique visant à la « clarifier » a été adopté par le parlement fin novembre, afin que les « contenus journalistiques ou œnotouristiques » consacrés à une « région de production ou au patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique » ne soient pas assimilés à de la publicité.

Il devenait facile dans ces conditions d’accréditer l’idée que les alcooliers avaient eu raison de la loi Evin. On peut imaginer que les dispositions de cette loi aient été en leur temps plutôt contraires aux intérêts de plusieurs groupes sociaux impliqués dans la production et la vente du vin. Mais était-il légitime, dans ce difficile arbitrage entre économie et santé, d’avoir laissé planer à travers le French paradox une information faisant l’impasse sur les effets d’une boisson alcoolisée, fut-elle au centre d’un art de vivre bien français ? Evidemment non.

Il serait malheureusement possible de multiplier les exemples de mauvais usages des médias en termes de santé publique, alors qu’ils sont devenus incontournables.

Médias et médias sociaux au service de la santé publique ?

Les médias traditionnels, ouvrages, journaux, vidéos, télévision, jouent généralement leur rôle, en permettant à chacun d’être rapidement mis en éveil vis-à-vis de ce qu’il doit faire pour préserver sa santé. Leur tendance au sensationnalisme incite toutefois à relativiser une information qui rapporte des faits sans toujours les assortir des précautions d’interprétation qu’ils justifieraient.

Il n’est pas certain que ce soit dans le but de pallier cette insuffisance que le citoyen se tourne vers les médias sociaux, mais plus vraisemblablement pour s’inscrire dans une démarche à la mode.

Les médias sociaux constituent un ensemble capable de faciliter la publication, le partage, la discussion et la mise en réseau d’informations à travers la numérisation et Internet. Certains d’entre eux se sont plus particulièrement spécialisés dans l’un ou l’autre de ces domaines. Les plus importants sont Google, Twitter, Facebook et YouTube.

Dans ce cadre s’inscrivent beaucoup d’usagers demandeurs soucieux, soit d’obtenir des informations sur leurs propres problèmes de santé ou sur les questions qu’ils se posent, soit d’échanger avec des pairs, vivant ou ayant vécu les mêmes situations. D’autres sont davantage fournisseurs, soucieux de diffuser leurs opinions, leurs critiques ou les solutions qu’ils ont trouvées pour résoudre leurs difficultés. Ces deux populations assez distinctes, procédant d’une attitude de consommateurs ou de fournisseurs, usent de consultations, blogs, forums ou autres chats mis au service de la communauté.

L’avènement des objets connectés a par ailleurs ouvert un vaste champ de surveillance et/ou d’éducation thérapeutique qui n’en est qu’à ses débuts.

Synthesio, named the leader in The Forrester Wave(TM): Enterprise Listening Platforms, Q1 2014 report, is a Global Social Intelligence Platform. Built for scale, Synthesio is a true enterprise platform providing insights, analytics, and engagement across the enterprise. Founded in 2006, Synthesio has offices in New York, Paris, London, and Singapore. (PRNewsFoto/Synthesio)

Le succès de ces nouveaux médias est remarquable. La société française Synthesio, spécialisée dans l’e-réputation des entreprises, s’est intéressée fin 2010 à la question des médias sociaux au service de la santé. Deux chiffres rapportés méritent attention : « 20 % du contenu généré par les internautes traite de la santé et 60 % de la population se tournerait en priorité́ vers Internet pour rechercher des informations liées à la santé. »

Toutefois il ne faut pas négliger la possible dérive liée à l’utilisation de ce qui appartient aux big datas. Le rapport réalisée par Synthesio remarque que la « tendance naturelle des patients, de leurs familles et des médecins à s’exprimer sur des questions de santé suscite l’intérêt des laboratoires pharmaceutiques à la recherche de retours clients. Les quelques milliards de conversations publiées chaque jour sur les réseaux sociaux, les blogs ou les forums ont un rôle essentiel pour ces professionnels souhaitant mieux appréhender les attentes de leurs consommateurs exigeants ».

Or cette tendance peut avoir l’inconvénient majeur… de conduire à proposer sur le marché des produits conçus dans une problématique moins sanitaire que de marketing en transformant « les retours de consommateur sur le web en véritables actions marketing ».

Christine THOERD’ailleurs Christine Thoër (directrice de ComSanté, Centre de recherche sur la communication et la santé à MONTREAL) dans un article de 2012 est assez explicite : « Pour le moment, c’est surtout l’industrie de la santé qui a investi les médias sociaux, à des fins de promotion commerciale. »

On ne peut dans ces conditions qu’être particulièrement exigeant quant à la qualité des informations disponibles. Or les dérives sont nombreuses, et le couple médias – santé paraît dominé par la règle du « je t’aime, moi non plus ».

Les médias sociaux seraient-ils capables du pire ?

La situation actuelle exprime un véritable gâchis. Les fabuleux pouvoirs offerts par les nouveaux moyens de communication ne sont pas à la hauteur de l’enjeu lorsqu’ils deviennent contre-productifs, notamment lorsque les avis des pairs vont à l’encontre des intérêts de la santé publique.

La pairémulation, issu du concept de peer conseling, initialement développée avec efficacité aux USA en faveur des personnes handicapées au milieu des années 60, a conduit à développer une mode mettant ce concept à toutes les sauces.

Mode prônant l’exploitation de l’expérience de chacun, validée au prétexte qu’elle serait ou aurait été vécue, mode validant a priori la confiance qui peut être faite à « des amis », avec pour seule garantie leur appartenance au même réseau social ; mode consistant à l’inverse à se méfier des informations ou des recommandations formulées par des structures pourtant habilitées mais intervenant dans une quelconque théorie du complot ; mode enfin surfant sur une tarte à la crème se prévalant de la liberté d’information et d’expression.

C’est sur ce terreau qu’a poussé la controverse de la vaccination.

Aujourd’hui la défiance vis-à-vis de la vaccination, parfois son refus, sont devenus monnaie courante.

vaccination-contre-l-hepatite-b-une-autre-controverse-do-1-1Certes, la vaccination contre l’hépatite B a été accusée de provoquer des scléroses en plaques, mais sans qu’une confirmation épidémiologique ait pu être retenue. Certes le fiasco de la vaccination contre la grippe de 2010 et la récente et lamentable affaire de rupture de stock de vaccins au profit d’un cocktail plus couteux de six vaccins, ont été deux évènements regrettables, ils ont alimenté une juste discussion. Mais n’est-on pas allé trop loin ?

Une chronique, publiée le 10 novembre dernier dans le journal Marianne, alimente cette interrogation en notant « Sur Internet, les mouvements anti-vaccins, qui préfèrent se présenter comme des “opposants à l’obligation vaccinale”, sont très actifs ». Elle précise « Selon un rapport de la Cour des comptes, en 2010-2011 13 % des élèves de grande section de maternelle n’étaient pas à jour de leurs vaccinations ».

Et citant les propos de Jacques Bessin, président de l’Union nationale des associations citoyennes de santé : « On essaie de nous faire croire que la vaccination a éradiqué les maladies, tempête-t-il. La peste et la grippe espagnole ont disparu sans vaccination. »

L’article prend ainsi position « Rappelons, à toutes fins utiles, que ces épidémies ont fait des dizaines de millions de morts… Et que la vaccination, accompagnée de l’amélioration de l’hygiène et du développement des antibiotiques, en a épargné tout autant, sinon plus, contribuant à faire reculer ou même faire disparaître des pathologies aussi terribles que la variole, la polio ou la diphtérie. »

Comment a-t-on pu en arriver là, sinon par l’excès diffusé à travers les médias sociaux ?

Là : c’est-à-dire au point où le bon sens disparaît, au point où le sacro-saint principe de précaution symbole de notre époque est foulé aux pieds, au point où des parents n’ayant pas respecté l’obligation légale de vacciner leur enfant ont été relaxés alors qu’un médecin, ayant produit un faux certificat de vaccination pour répondre à la pression de parents réfractaires aux vaccins, a été suspendu… Le pire dans cette dernière affaire aurait pu survenir, puisque la révélation du mensonge est intervenue alors que l’enfant certifié « vacciné », mais ne l’étant que sur le papier, a contracté un tétanos, dont heureusement la médecine l’a sauvé.

Nous sommes en train de marcher sur la tête et la question se pose de savoir comment éviter ces excès.

Eviter le pire et bénéficier du meilleur

Deux insuffisances notoires apparaissent, d’une part la régulation du fonctionnement des médias sociaux, qui reste très en deçà des progrès technologiques ; et d’autre part l’éducation à l’utilisation des médias, qui demeure très insuffisante sinon inexistante. Ces défaillances sont bien connues, mais elles persistent…

Dans ces conditions, le médecin traitant peut-il être le recours permettant à ses patients une bonne utilisation des médias, en leur évitant le pire pour bénéficier du meilleur ? On pourrait le penser.

carenity-réseau-socialEn effet le réseau social Carenity, association en ligne de patients concernés par les maladies chroniques, dans une enquête conduite en 2014 auprès de 3 560 personnes, confirme que les patients aiment leur médecin traitant, 96 % d’entre eux disant lui faire confiance.

Pourtant, en ce qui concerne la prévention, la situation est plus problématique. En effet la même enquête rapporte que « 39 % estiment que les actions de prévention des professionnels de santé sont efficaces, mais qu’elles nécessitent toutefois des améliorations, tandis que 37 % ne sont pas convaincus. Le sondage ne recense que 14 % parmi les satisfaits… ». Cette réserve pourrait avoir un lien avec l’affaire des vaccins.

AcademieNationaleMedecineL’Académie nationale de médecine a publié un communiqué en juin 2015.

D’une part elle regrette que des accusations scientifiquement non fondées soient développées sur Internet avec autant de mépris pour une des plus belles réussites de la médecine préventive, en dénigrant par cela, aux yeux du public, toute idée de progrès dans le domaine des vaccins.

D’autre part elle déplore que des chiffres à même de rassurer et d’encourager les parents sur la voie de la vaccination ne soient pas davantage diffusés… C’est ce type d’information que le médecin se doit d’apporter et non « l’inquiétude et le doute ».

Dans un communiqué du 9 novembre 2015, elle précise sa position. Abolir l’obligation vaccinale serait interprété comme l’aveu implicite que les vaccins ont une efficacité et une innocuité discutables tout en préconisant, avec un certain pragmatisme, de reconsidérer le terme obligatoire de la vaccination en lui substituant une exigibilité́ des preuves de la vaccination dans un certain nombre de circonstances de la vie.

Or, le même jour, le président de la Ligue nationale pour la liberté des vaccinations procède dans un communiqué à une critique tournant en dérision les propositions de la vénérable institution qui pousse alors l’audace jusqu’à envisager l’abandon du concept d’obligation en écrivant : « Bien plus que l’aveu de quoi que ce soit, les Français verraient dans cette abolition (comme dans celle de l’esclavage !) un minimum de confiance et de respect envers les individus et les médecins. »

Mais au fait, qui est l’esclave de qui dans cette affaire ?

Ne nous attardons pas sur cette question au risque d’obtenir rapidement une réponse péremptoire en forme de recommandation : Méfions-nous des réseaux sociaux ! Pourtant lorsque ceux-ci concernent notre santé, il est vrai qu’ils imposent la plus grande vigilance, éclairée par l’avis du médecin traitant…

Pour en savoir plus

Les médias sociaux au service de la santé
www.synthesio.com/…/Les-médias-sociaux-au-service-de-la-santé-2.pdf

JJ LEVY, Ch THOER
Diversité des usages santé d’Internet et enjeux de communication
https://communiquer.revues.org/1405

CH THOER
Les médias sociaux comme source d’information sur la santé
blogsgrms.com › Accueil › Analyses de l’internet santé

Ch BALAGUE
Le web et les réseaux sociaux peuvent représenter un vrai progrès pour la santé
esante.gouv.fr › Tribunes

Clotilde Cadu
Vaccins : la grande peur de la piqûre
www.marianne.net/vaccins-grande-peur-piqure-100237888.html

Pierre BEGUE
La vaccination demeure un des fondements de la médecine préventive
www.academie-medecine.fr/articles-du-bulletin/

Pierre BEGUE
À propos du maintien ou de la levée de l’obligation vaccinale
www.academie-medecine.fr/…/Obligation-vaccinale-communiqué-présen…

La ligue Nationale Pour la liberté des vaccinations
Communiqué du 9 novembre 2015
www.infovaccin.fr/communique_20151109.html

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