Le tabagisme parmi le personnel hospitalier de la ville de Fès (Maroc)

Otmani Nada, Serheir Zineb, Bennani Othmani Mohamed
Laboratoire d’informatique médicale Casablanca
Otmani nada : Faculté de médecine Fès ; Université sidi Med Ben Abdellah
BP : 592, Poste Batha, 33000, Fès, Maroc
nada.oudidi@gmail.com

Introduction

Au Maroc, de nombreux efforts sont et ont été déjà faits dans le domaine de la prévention du tabagisme. L’interdiction de fumer à l’hôpital est née d’une volonté gouvernementale de réduire le tabagisme passif. L’hôpital doit être un lieu sans tabac afin que son personnel puisse servir de modèle pour les patients.

Le personnel soignant n’est certes pas épargné par ce fléau, mais peu de données sur sa prévalence sont disponibles dans la littérature, en particulier marocaine. Aussi l’objectif de notre étude était de tirer des données sur la prévalence de la consommation du tabac, ainsi que des informations sur le comportement tabagique et les habitudes du personnel selon leur profil, âge et position vis‐à‐vis des patients. Ces données peuvent enrichir l’initiative Hôpital sans tabac.

Patients et méthodes

Il s’agit d’une étude transversale descriptive réalisée auprès du personnel des hôpitaux de Fès. Nous avons inclut dans l’étude le personnel disponible dans les lieux du travail au moment de l’enquête durant la période février – mai 2015. Notre enquête a intéressé le personnel médical et paramédical des principaux hôpitaux de la ville Fès (CHU Hassan II ; hôpital Al Ghassani, Hôpital Omar Drissi et Ibn khatib).

CHU-Hassan-II-de-FesLes données sont recueillies par un auto-questionnaire contenant 23 questions, élaboré par la fondation LALLA SALMA de lutte contre le cancer [1] (Annexe). Ce questionnaire est rempli par le personnel après leur consentement éclairé. Toutes les données recueillies sont codées et saisies selon le logiciel SPSS.

Les résultats sont présentés sous forme de pourcentage et de moyennes ± écart type. La comparaison du comportement tabagique, des connaissances et des attitudes vis-à-vis du tabac est faite entre les différents groupes en utilisant les tests statistiques classiques (Chi2). Le modèle de régression logistique pas à pas descendant est utilisé pour la recherche des déterminants du comportement tabagique chez la population étudiée en ajustant sur les différents facteurs de confusion.

Toutes les variables sociodémographiques, connaissances et attitudes dont p<0,2 dans l’analyse bivariée sont rentrées dans le modèle initial. Seules sont retenues dans le modèle final les variables pour lesquelles p<0,05.

Résultats

L’étude a été réalisée auprès de 915 personnes disponibles au moment de l’enquête sur un effectif total de 1 308 selon la liste administrative. Parmi les 915 questionnaires distribués, 798 ont été recueillis. Le taux de participation est donc de 87 %.

La majorité du personnel s’inscrit dans la tranche d’âge 30-39 ans.

Les femmes représentent 63,8 % des participants avec un sexe ratio (H/F) de 0,56.

Le statut matrimonial a été précisé dans tous les questionnaires recueillis, les agents mariés représentent 59,7 % de la population enquêtée. La population étudiée est représentée par le personnel paramédical pour 67,6 % et les médecins pour 32 ,4 %.

Au moment de l’enquête, les fumeurs (réguliers et occasionnels) sont au nombre de 82 sur l’ensemble de 798, soit une prévalence du tabagisme de 10,3 %. Les ex-fumeurs représentent 11 % et les non-fumeurs 78,7 %.

Pour les fumeurs, la moyenne d’âge est de 36 ans avec un sex-ratio de 8,8. L’âge de début du tabagisme était de 16,3 ans pour les femmes et de 18 ans pour les hommes, la moyenne d’âge de début du tabagisme est de 17,24 ans (écart-type = 3,38) avec des extrêmes de 13 à 28 ans pour l’ensemble des fumeurs. La durée moyenne du tabagisme de 16 ans chez les femmes et 19 ans chez les hommes.

La prévalence du tabagisme est de 19,8 % chez les hommes contre 0,8 % chez les femmes. (P<0,05).

Le taux le plus élevé a été noté chez les infirmiers célibataires âgés de moins de 25 ans (36,8 %), suivi des médecins mariés (28,7 %), et le taux le plus bas a été relevé chez les infirmiers mariés (19,6 %). (P=0.01).

La prévalence du tabagisme dans les spécialités chirurgicales (traumatologie, viscérale, urgences) est plus élevée par rapport à celle des spécialités non chirurgicales.

La cigarette est le vecteur du tabagisme dans 94,3 % des cas, avec une proportion de 27 % de gros fumeurs (> 20 cigarettes/jours). La moyenne de cigarettes consommées par jour est de 16,51 (écart type=5,57) avec des extrêmes de 5 à 30 cigarettes.

92,4 % des fumeurs ont essayé au moins une fois d’arrêter de fumer ; 7,6 % des fumeurs n’ont jamais essayé. 56 % des ex-fumeurs ont réussi d’arrêter après 3 tentatives.

58,4 % du personnel fument encore sur le lieu du travail, par contre 17 % ne fument pas dans l’hôpital et 24,6 % n’ont pas répondu à la question. (P<0,05).

fumertuer67 % des professionnels de santé mettent en garde le malade vis à vis du danger du tabac quand celui-ci pose des questions ; 59 % évoquent ce danger uniquement quand le malade présente des symptômes en rapport avec le tabac ; et 35 % seulement quand ce dernier n’a pas de symptômes et ne pose pas de questions.

63 % des sujets enquêtés pensent que le personnel de santé devrait aider les autres à arrêter de fumer.

Le score de Fagerström nous a permis d’apprécier le degré de dépendance au tabac de nos fumeurs. La dépendance était faible (score de 3 à 4) pour 19,7 %, moyenne (score de 5 à 6) chez 55,3 % et forte (score de 7 à 10) pour 25,6 %. La majorité des fumeurs ayant une dépendance moyenne à forte (81 %) avait un âge compris entre 25 et 44 ans.

75,2 % de nos fumeurs ont essayé d’arrêter de fumer au moins trois fois et seulement 41 % pensaient avoir besoin de soutien médical et/ou psychologique.

Concernant les mesures législatives, 77 % de la population étudiée sait qu’il existe une loi antitabac et 57,6 % est au courant des circulaires ministérielles interdisant de fumer dans les services de santé (P<0,05).

Discussion

Le tabagisme est un véritable problème de santé publique qui a fait l’objet de plusieurs études. Sa prévalence globale chez le personnel de santé varie de 10 % à 51,7 % [2, 3, 4]. Elle dépend de plusieurs facteurs, dont l’âge, le sexe, la profession, la région.

Une méta-analyse dans 45 hôpitaux catalans [5] a trouvé une prévalence globale du tabagisme de 28,1 % avec un maximum et un minimum de 40,3 % et 19,1 %, respectivement.

Dans nos hôpitaux, nous avons trouvé 10,3 % de fumeurs, 11 % d’ex fumeurs et 78,7 % de non- fumeurs. Alaoui [6] en 2002, dans une étude nationale similaire à la nôtre, trouve à Casablanca 14,9 % de fumeurs, 7,6 % d’ex fumeurs et 77,5 % de non-fumeurs.

En France, l’enquête Baromètre personnel hospitalier [7] a été réalisée auprès de 58 établissements répartis sur l’ensemble du territoire. La prévalence du tabagisme du personnel hospitalier était de 31 % en 2002 et a été marquée par une diminution importante (24 %) en 2003.

Parmi les fumeurs, notre prévalence reste inférieure à celle de Ngahane et coll. [8] qui trouvaient 19 % et à celle de Perrin et coll. [9] qui était de 32 %.

Les hommes sont plus affectés par ce fléau (88 %). Cette prédominance masculine était retrouvée par Touré et coll. [10, 11] avec 27,6 % et 34,6 % et par Josseran [12] avec 36,1 %, mais dans des proportions moindres.

Au Maroc, la prévalence du tabagisme des hommes est nettement supérieure à celle des femmes, elle oscille entre 52,5 % et 38,5 % [13, 14] pour les hommes, contre 0,8 % à Safi [15] et 3,4 % à Azilal [16] pour les femmes.

Comme dans d’autres pays arabes [17, 18, 19], la prévalence du tabagisme est très élevée chez les hommes par rapport aux femmes, malgré une augmentation progressive chez ces dernières. Alors qu’à l’échelle internationale [5, 7, 10, 20], la différence entre les deux sexes est moins importante voire même plus élevée chez les femmes dans certains pays.

La tranche d’âge 35-44 ans est la plus touchée et elle est variable selon la région et l’ancienneté d’enquête : elle varie de 12,1 % à 44,7 % [4, 5, 11].

En Espagne [21], 23,6 % des médecins fumeurs sont âgés de moins de 30 ans.

En Algérie, Liban, Egypte [19, 22], 45 % des fumeurs de sexe masculin sont âgés entre 25 et 60 ans alors qu’en Turquie [23] 83 % des fumeurs sont âgés de plus de 60 ans.

Dans notre étude, la prévalence du tabagisme chez les médecins est de 28,5 %. Elle est relativement faible par rapport aux études faites dans des hôpitaux régionaux [6, 14 ,24].

Pour Fernandez [21] 42,3 % des médecins sont fumeurs contre 32,1 % en France [22] ; la prévalence du tabagisme chez le personnel paramédical reste comparable à celle trouvée dans d’autres régions du royaume ou elle varie entre 12,8 % et 23,9 % [6, 16].

A l’Hôpital cantonal universitaire de Genève [24], la prévalence du tabagisme parmi le personnel soignant est de 28 % chez les infirmières, 26 % chez les aides-soignants, 24 % chez les médecins et 22 % pour les autres professions paramédicales.

En Arménie [9] 47,2 % des médecins hommes ont commencé à fumer avant l’âge de 20 ans contre seulement 14,3 % chez les médecins femmes. Le 1/3 des fumeurs déclare qu’il leur arrive de fumer devant leurs patients, ce taux est de 11 % chez ceux qui le font régulièrement.

En Espagne [21] 90,6 % des médecins et 87,1 % des infirmiers fument à l’hôpital et respectivement 2,9 % et 1 % fument devant leurs patients. A Madrid [3] 11 % du personnel fumeur déclare fumer devant leurs patients. En Turquie [23] 56,2 % des médecins fumeurs déclarent le faire quand ils sont seuls sur les lieux de travail, alors que 32,9 % fument en présence de leurs malades.

A la lumière de ces résultats, nous constatons que la prévalence du tabagisme sur les lieux de travail à l’échelle nationale et internationale reste très élevée malgré l’interdiction légale de fumer à l’hôpital dans ces pays.

Au centre hospitalier de Rochefort-sur-Mer [25], 76 % ont déjà tenté d’arrêter au moins une fois. La moyenne de tentatives d’arrêt est respectivement 2,26 fois et 3,9 fois. Parallèlement, 65 % des fumeurs souhaitent arrêter de fumer et 50 % souhaitent une aide au sevrage tabagique. Il existe une différence significative de la dépendance des fumeurs qui souhaitent une aide à l’arrêt du tabac. En effet, plus la dépendance du fumeur est forte, plus le souhait d’une aide à l’arrêt est important [5, 23, 26].

Dans notre étude, 80 % du personnel médical et paramédical abordent le problème du tabac avec leurs malades en expliquant les méfaits du tabac, en incitant les malades d’arrêter et en interdisant de fumer quand il le faut. Des résultats similaires sont notés dans des études nationales [14, 16].

En Estonie [27] 3,4 % des médecins fumeurs de sexe masculin interrogent systématiquement leurs patients sur leurs habitudes tabagiques contre 4,1 % qui ne l’ont jamais fait.

En Arménie [9] 91 % du personnel de santé déclarent qu’ils devraient systématiquement conseiller à leurs patients d’arrêter de fumer. Les non-fumeurs sont plus nombreux à conseiller les malades par rapport aux non-fumeurs.

Conclusion

Cette étude nous a permis d’évaluer les habitudes tabagiques du personnel soignant de la ville de Fès et va servir de pierre angulaire pour orienter la lutte antitabac vers une démarche stratégique globale, structurée et adaptée.

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Résumé

Introduction

De par leur fonction de conseiller et de modèle ; les professionnels de santé ont un rôle important à jouer dans la lutte antitabac.

Soucieux de lutter efficacement contre le tabagisme au sein de nos hôpitaux ; nous avons effectué cette étude afin de déterminer la prévalence du tabagisme chez le personnel soignant de Fès, et évaluer degrés d’implication dans la politique interne de l’hôpital dans la lutte contre le tabagisme et la conception de son rôle d’éducateur face à des fumeurs.

Matériels et méthodes

Il s’agit d’une étude prospective transversale menée de février à Mai 2015. Nous avons élaboré un auto-questionnaire anonyme standardisé et écrit en français, destiné au personnel médical et paramédical. La saisie et l’exploration des données a été faite sur le logiciel SPSS.

Résultats

Nous avons inclus 798 participants avec un taux de participation de 87 %. Les paramédicaux ont participé à l’enquête dans une proportion de 63 %.

L’étude montrait une prédominance féminine (63,8 %). L’âge moyen des hommes était de 38,2 ans contre 31,9 ans pour les femmes. Nous avons retrouvé 10,3 % de fumeurs et 11 % d’ex-fumeurs. Pour les fumeurs, la moyenne d’âge est de 36 ans avec un sex-ratio de 10.7. L’âge de début du tabagisme était de 16,3 ans pour les femmes et de 18 ans pour les hommes, avec une durée moyenne du tabagisme de 16 ans chez les femmes et 19 ans chez les hommes. La cigarette était utilisée dans 94,3 % des cas avec une proportion de 27 % de gros fumeurs (> 20 cigarettes/jours). 75,2 % de nos fumeurs ont essayé d’arrêter de fumer au moins trois fois et seulement 41 % pensaient avoir besoin de soutien médical et/ou psychologique. Le score de Fagerström montrait une dépendance au tabac chez 25,6 % de nos sujets fumeurs. 61 % des sujets enquêtés pensaient que le personnel de santé devrait aider les autres à arrêter de fumer.

Conclusion

Cette étude pourrait servir pour montrer la nécessité d’impliquer d’avantage les professionnels de la santé dans la stratégie de lutte contre le tabac afin d’améliorer leur qualité de santé, mais aussi celle des soins administres au sein de nos hôpitaux.

La mise en place un plan d’action de formation du personnel sur les méfaits du tabac ainsi que les moyens de lutte, pourrait garantir leur implication efficace comme étant leaders d’opinion et acteurs principaux dans la lutte contre le tabagisme.

Mots clés : Tabagisme, Personnel de santé, Hôpital, Fès

Summary

Introduction

By their function as adviser and model; hospital staff have an important role to play in tobacco control.

we conducted this study to determine the prevalence of smoking among hospital workers of Fez city, and evaluate degrees of involvement in the internal politics of the hospital in the fight against smoking and the design of its role as educators face smokers.

Materials and methods

This is a prospective cross-sectional study conducted from February to May 2015. We have developed a standardized anonymous self-questionnaire, for the medical and paramedical staff. Capture and data mining was done on SPSS.

Results

We included 798 participants with a participation rate of 87%. Paramedics took part in a proportion of 63%.

The study showed a female predominance (63.8%). The average age for men was 38.2 years against 31.9 years for women. We found 10.3% of smokers and 11% ex-smokers. For smokers, the average age is 36 years with a sex ratio of 10.7. The age of the beginning of smoking was 16.3 years for women and 18 for men, with an average duration of 16 years of smoking among women and 19 years for men. The cigarette was used in 94.3% of cases with 27% of big smokers (> 20 cigarettes / day). 75.2% of our smokers have tried to quit smoking at least three times and only 41% felt they needed medical support and / or psychological. The Fagerström score showed tobacco dependence in 25.6% of our smokers. 61% of the respondents thought that health workers should help others to quit.

Conclusion

This study could be used to show the need for more involved health professionals in the fight against tobacco strategy to improve health quality, but also that of the administered care in our hospitals.

Establishing a personnel training plan of action on tobacco harms and ways of struggle, could ensure their effective involvement as opinion leaders and key players in the fight against smoking.

Keywords: Smoking, Health Personnel, Hospital, Fez

ANNEXE

Questionnaire d’enquête sur le tabagisme du personnel

1) Sexe : □ masculin □ féminin

2) Age :……ans

3) Secteur d’exercice : □ privé □ public

4) Province d’exercice :…………………………….

5) Lieu d’exercice : □ Urbain □ Semi urbain □ Rural

6) Diplôme obtenu en (année) :………… à (ville et pays) :……………………………….

7) Etes-vous : fumeur quotidien□ fumeur occasionnel□ ex-fumeur□ non fumeur□

Si non fumeur:

  • Etes-vous exposé au tabagisme dans votre entourage familial: □oui □non
  • Etes-vous exposé au tabagisme dans votre entourage professionnel : □oui □non

8) Pensez-vous que le rôle du médecin généraliste dans l’aide à l’arrêt du tabagisme est :

  • Primordial □
  • Assez important □
  • Secondaire □
  • Nul □
  • Sans réponse □

9) Avez-vous reçu une formation sur l’accompagnement à l’arrêt du tabagisme ?

  • Pendant votre formation initiale □oui □non
  • En formation post-universitaire (DIU tabaccologie…) □oui □non
  • En formation médicale continue (séminaires, dîners dé.) □oui □non
  • Autre(s), précisez :…………………………

10) Estimez-vous être suffisamment formé pour aider vos patients à arrêter de fumer :

□ pas du tout □ peu □ moyennement □ très bien

11) Concernant la pratique d’aide à l’arrêt du tabagisme, souhaiteriez-vous :

  • Participer à une formation (diplôme de tabaccologie, séminaires) □oui □non
  • Assister à un colloque □oui □non
  • Recevoir des brochures et affiches pour vos patients □oui □non
  • Recevoir des informations actualisées sur l’aide à l’arrêt (sites internet) □oui □non
  • Autre(s), précisez :………………………………………

12) Concernant le tabagisme, avez-vous déjà participé à :

  • Des réunions d’information (séminaires, congrès…) □oui □non
  • Des animations de prévention (entreprise, écoles, lycées, universités….) □oui □non
  • Des manifestations publiques (journées sans tabac…) □oui □non
  • Autre(s), précisez :……………………………….

13) Est-ce que vous avez un (des) engagement(s)associatif(s) anti-tabac ? □oui □non

Le(s) quel(s) : …………………

14) Affichez-vous des pancartes d’interdiction dans votre structure : □oui □non

15) Exposez-vous des cendriers dans la salle d’attente de votre structure: □oui □non

16) Interrogez-vous vos patients sur leurs habitudes tabagiques □oui □non

  • Si oui dans quelle situation :
  • Les situations systématiquement Souvent Rarement
  • Présence de symptôme respiratoire
  • Présence d’une maladie liée au tabac
  • Chez tout malade
  • Si autre(s) situation(s), la(les)quelle(s) :…………………………………………

17) Le tabac a-t-il un lien avec ces maladies ?

  • Maladies Pas de lien Lien faible Lien moyen Lien fort
  • Cancer du poumon
  • Bronchite chronique
  • Cancer de la bouche
  • Cancer du larynx
  • Coronaropathie
  • Artérite
  • Accident vasculaire cérébral
  • Cancer de la vessie
  • Autre(s) cancer(s), précisez:

18) Lorsque votre patient est fumeur, quelle(s) attitude(s) adoptez-vous ?

Les attitudes Souvent Rarement Jamais

  • Vous relevez l’information pour le dossier médical
  • Vous conseillez la modération
  • Vous conseillez l’arrêt
  • Vous donnez une brochure d’aide à l’arrêt
  • Vous tentez de motiver votre patient à l’arrêt
  • Vous proposez à votre patient une aide à l’arrêt

19) Préconisez-vous plutôt : □L’arrêt progressif □L’arrêt brutal

20) Dans votre pratique courante, quels sont les obstacles que vous rencontrez dans l’aide à l’arrêt du tabagisme?

  • Manque de motivation du patient □oui □non
  • Manque de temps □oui □non
  • Je ne suis pas motivé pour aider les patients à arrêter de fumer □oui □non
  • Je ne suis pas intéressé par l’aide au sevrage tabagique □oui □non
  • Je manque de supports éducatifs □oui □non
  • Je manque de connaissance des méthodes de sevrage □oui □non
  • Autre(s), précisez :……………………………. □oui □non

21) A votre avis, le(s) moyen(s) le(s) plus efficace(s) dans la lutte anti-tabac sera (seront) :

  • La sensibilisation du public par des compagnes médiatiques de prévention □oui □non
  • L’interdiction de fumer dans les lieux publics et clos □oui □non
  • L’augmentation du prix du tabac □oui □non
  • Mise en garde sur les paquets de tabac □oui □non
  • L’interdiction de vente de tabac aux enfants et aux adolescents □oui □non
  • Interdire totalement la publicité du tabac □oui □non

22) A l’échelle individuelle, à votre avis :

  • Il est de la responsabilité du médecin de convaincre les fumeurs d’arrêter □oui □non
  • Les médecins devraient donner le bon exemple en ne fumant pas □oui □non
  • Les médecins devraient être plus actifs en parlant du tabac avec
  • les groupes à risque □oui □non
  • Les médecins devraient dissuader, à chaque contact un patient fumeur □oui □non
  • Les professionnels de santé devraient être formés pour conseiller
  • les patients fumeurs □oui □non

23) Existe-t-il une loi anti-tabac au Maroc ? □oui □non

Si oui, cette loi :

  • Interdit la publicité □
  • Interdit le tabac dans les lieux publics □
  • Aide à l’arrêt □
  • Interdit la vente du tabac aux enfants et aux adolescents □
  • Encourage l’information par un financement □
  • Impose l’information des méfaits du tabac sur les paquets □
  • Autre(s) □, précisez :………………………………………

 

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