Handicap : l’Apartheid ignoré

Pierre NazereauPierre NAZEREAU
pierre.nazereau@wanadoo.fr

Exigeons le simple respect de nos droits qui viennent d’être bafoués, méprisés, par ceux que nous avons élus…

Le 20 janvier 2015, lors de ses vœux à la presse, Manuel Valls, le premier ministre, avait parlé d’un « apartheid territorial, social et ethnique », afin de dénoncer l’exclusion qui caractérise les quartiers populaires, autour des grandes villes. Il voulait nommer « la réalité telle qu’elle est ». Mon propos n’est pas de nier cette exclusion, bien évidemment, mais ce jour-là, Manuel Valls a oublié (?) une autre exclusion, celle qui concerne les personnes en situation de handicap, et qui correspond également à un véritable apartheid, dont personne ne parle.

Cette situation, qui touche une immense partie de la population, voire sa totalité puisqu’avec la vieillesse chacun d’entre nous est ou sera un jour handicapé, vient d’être entérinée par l’Assemblée nationale. En effet, le 20 juillet 2015, l’ensemble des députés français, à l’exception des députés du Front de Gauche qui ont voté contre, et des députés écologistes qui se sont (courageusement…) abstenus, a adopté l’ordonnance prévoyant de nouveaux délais pour la mise en accessibilité des lieux publics, mettant définitivement à la poubelle la loi qui datait de 2005, et qui prévoyait cette mise en accessibilité pour 2015.

En clair, cela signifie que les personnes en situation de handicap devront encore attendre 2024 pour pouvoir vivre…. Et en 2024, après encore 9 ans d’immobilisme et d’indifférence, que se passera-t-il ?

2005-2024, 19 années, cela fait une génération… combien de générations vont encore être sacrifiées ?

Ce vote est une honte, et le mot est faible, une offense aux valeurs de la République française (pour rappel, au cas où certains les auraient oublié : Liberté, Egalité, Fraternité). Les députés ont validé et approuvé le fait que les personnes en situation de handicap sont des sous-hommes et des sous-citoyens, n’ayant pas accès à l’école, à la santé, au travail, au logement, aux transports, aux voyages, à la culture, aux loisirs, à une vie sociale, à une vie affective, à la parentalité… à la vie ! Et que les personnes handicapées sont seulement des personnes malades, un point c’est tout. Parce que le handicap a un coût, et parce que le handicap dérange.

Notre handicap, quel qu’il soit, de naissance ou non, nous avons appris à vivre avec. Nous nous y sommes adaptés, trouvant chaque jour des astuces pour résoudre nos difficultés, et pour vivre le mieux possible. Mais la société nous renvoie notre handicap à la figure, sans cesse, en nous mettant des bâtons dans les roues (sans mauvais jeu de mots !), alors que tout devrait être bien plus facile, comme dans beaucoup d’autres pays, bien plus inclusif que le nôtre. Quant aux « valides », ils se donnent bonne conscience en versant une larme et une obole au Téléthon, chaque année, mais continuent de prendre nos places de stationnement réservées, au mépris du civisme, et des amendes…

Maintenant, il n’est plus temps de faire des pétitions, des manifestations… Il n’est plus temps d’expliquer, de revendiquer, les décideurs complices de notre apartheid connaissant très bien nos besoins et nos problèmes, c’est juste une perte de temps. Et nous en avons déjà perdu beaucoup trop, par excès de gentillesse, de patience, et de passivité….

Maintenant, il nous faut aller devant les tribunaux français et européens pour exiger le simple respect de nos droits, qui viennent d’être bafoués, méprisés par ceux que nous avons élus. Comme celui des personnes non-voyantes qui ne peuvent voter faute de matériel électoral adapté, alors que voter est un droit civique fondamental…

Ce sera un long combat, mais nous le gagnerons.

Ceux qui veulent me rejoindre peuvent m’envoyer un mail à pierre.nazereau@wanadoo.fr.

Si des juristes veulent m’écrire, ils seront les bienvenus.

Pierre Nazereau, né à Paris le 30 septembre 1958, citoyen français en situation de handicap, électeur à Issy les Moulineaux, et secrétaire de l’association Handiparentalité.

www.handiparentalite.org

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