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Avis Dapoxetine Priligy
Priligy

L’avis du Dr Nicolas Bertrand, urologue

« Le Priligy est probablement le traitement de l’éjaculation précoce dont on me parle le plus en consultation, souvent parce que c’est le seul nom que les patients connaissent avant même de me consulter. C’est aussi, il faut le dire clairement, le seul médicament qui dispose réellement d’une autorisation de mise sur le marché spécifique pour cette indication en France. Ce n’est pas un détail administratif : cela signifie qu’il a été évalué sur un dossier clinique bien plus solide que la plupart des alternatives disponibles. »

Qu’est-ce que la dapoxétine ?

La dapoxétine, commercialisée sous le nom de Priligy, appartient à la famille des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), la même classe pharmacologique que certains antidépresseurs. Mais contrairement à ces derniers, elle n’est pas destinée à une prise quotidienne.

« Ce qui rend la dapoxétine unique dans cette famille, c’est son profil pharmacocinétique très particulier. Sa demi-vie est très courte, autour d’une heure trente, avec un pic plasmatique atteint rapidement, entre une et deux heures après la prise », explique un urologue interrogé par Medscape France. « Concrètement, cela signifie deux choses : la molécule n’a pas le temps de développer un effet antidépresseur, et elle est parfaitement adaptée à une prise à la demande, une à trois heures avant le rapport. »

Un dossier clinique parmi les plus solides du domaine

L’autorisation de mise sur le marché de la dapoxétine repose sur cinq essais cliniques randomisés, en double aveugle, contrôlés contre placebo. Selon le Résumé des Caractéristiques du Produit publié par l’ANSM, l’agence française du médicament, ces cinq études ont porté au total sur 6 081 patients randomisés, âgés de 18 ans ou plus, présentant des antécédents d’éjaculation précoce dans la majorité de leurs rapports sexuels au cours des six mois précédant leur inclusion.

« Un volume de plus de 6 000 patients sur un même dossier, c’est considérable pour ce type de pathologie. Cela donne une robustesse statistique que très peu d’autres traitements de l’éjaculation précoce peuvent revendiquer, y compris parmi les alternatives topiques. »

Le critère principal d’évaluation était le délai d’éjaculation intravaginal (IELT), mesuré au chronomètre par la partenaire elle-même pendant les rapports, une méthodologie exigeante qui limite les biais de déclaration purement subjective.

Quelle amplification du délai peut-on réellement attendre ?

C’est souvent la première question posée en consultation, et les chiffres disponibles permettent d’y répondre avec précision.

Selon un article de synthèse publié sur ScienceDirect et consacré aux modalités de prescription de la dapoxétine, les différentes études cliniques montrent une augmentation du délai d’éjaculation intravaginal de 2,5 à 3 fois par rapport à la valeur initiale.

« C’est un ordre de grandeur qu’il faut relativiser intelligemment auprès des patients. Multiplier par 2,5 ou 3 un délai qui était initialement très court, par exemple 30 secondes à une minute, donne un résultat qui reste modeste en valeur absolue, autour d’une à trois minutes selon les cas. Le bénéfice n’est donc pas magique, mais il est réel et statistiquement démontré, avec un impact souvent significatif sur le vécu du couple. »

Le RCP officiel précise également la notion clinique de “répondeur” au traitement : un patient est considéré comme répondeur lorsqu’il présente une amélioration d’au moins deux catégories dans son contrôle éjaculatoire perçu, associée à une réduction d’au moins une catégorie de la souffrance ressentie liée à l’éjaculation précoce.

« Cette définition va au-delà du simple chronomètre. Elle intègre la dimension du contrôle ressenti et de la souffrance psychologique associée, qui sont souvent plus importantes pour le patient que le chiffre brut en secondes. »

Pourquoi la dapoxétine et pas un autre ISRS ?

« C’est une question légitime, car certains confrères prescrivent hors AMM des ISRS classiques, comme la paroxétine, pour cette même indication, avec parfois de bons résultats. »

La différence tient essentiellement à la demi-vie du produit. Les ISRS classiques, prescrits quotidiennement pour la dépression, ont une demi-vie longue et nécessitent plusieurs semaines avant d’atteindre un effet stable, avec un risque de syndrome de sevrage à l’arrêt. La dapoxétine, à l’inverse, est éliminée rapidement de l’organisme, ce qui autorise une prise ponctuelle sans les inconvénients d’un traitement chronique.

« C’est cette spécificité pharmacocinétique qui a justifié tout le développement clinique de la molécule spécifiquement pour cette indication, plutôt que de se contenter d’un usage hors AMM d’un antidépresseur existant. »

Les effets indésirables à connaître

Comme tout ISRS, la dapoxétine n’est pas dénuée d’effets secondaires, même en prise ponctuelle.

Les effets les plus fréquemment rapportés dans les études cliniques incluent des nausées, des maux de tête, des sensations vertigineuses et des troubles du sommeil. Selon la synthèse publiée sur ScienceDirect, aucun effet indésirable grave n’a été rapporté dans les études princeps, malgré une certaine réticence de prescription parfois observée en pratique, liée aux effets indésirables classiquement associés à une prise prolongée d’ISRS — une crainte qui reste toutefois à nuancer puisque la dapoxétine n’est justement pas prise en continu.

« En pratique, l’effet indésirable le plus limitant reste les nausées, en particulier lors des toutes premières prises. Je conseille souvent une prise avec un grand verre d’eau et, si besoin, un ajustement de dose avec le médecin en cas de mauvaise tolérance initiale. »

Les contre-indications à ne pas négliger

Le RCP publié par l’ANSM précise plusieurs contre-indications importantes :

  • Insuffisance rénale sévère
  • Insuffisance hépatique modérée à sévère (classes Child B et C)
  • Association avec des inhibiteurs modérés ou puissants du CYP3A4, comme le kétoconazole, le ritonavir ou le saquinavir
  • Association avec des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (traitement de la dysfonction érectile), leur utilisation simultanée n’ayant pas été suffisamment évaluée en termes de sécurité

L’autorisation de mise sur le marché concerne spécifiquement les hommes âgés de 18 à 65 ans, l’efficacité et la tolérance au-delà de cet âge n’ayant pas été formellement établies selon les données disponibles.

« C’est un point que je vérifie systématiquement avant toute prescription : l’âge du patient, sa fonction rénale et hépatique, et l’ensemble de ses traitements en cours, notamment en cas de dysfonction érectile associée, une situation finalement assez fréquente et qui nécessite une évaluation spécifique au cas par cas. »

Un enjeu à surveiller : l’observance à long terme

Un point mérite d’être signalé de façon transparente : plusieurs données de pratique réelle, évoquées dans des registres d’essais cliniques comme celui consultable sur ICH GCP, rapportent un taux d’arrêt de traitement relativement élevé avec la dapoxétine, comparativement par exemple aux inhibiteurs de la PDE5 utilisés dans la dysfonction érectile.

« Cette observation ne remet pas en cause l’efficacité démontrée du produit dans les essais, mais elle interroge sur les raisons d’abandon en vraie vie : attentes parfois trop élevées, effets secondaires précoces, ou simplement retour à une contraception ou une sexualité plus spontanée. C’est un sujet que je garde en tête pour accompagner mes patients sur la durée, et pas seulement lors de la primo-prescription. »

Ce qu’il faut retenir

« Si je devais résumer mon avis de praticien : la dapoxétine reste, à ce jour, le traitement médicamenteux de l’éjaculation précoce disposant du dossier scientifique le plus solide et le plus spécifique. Son efficacité est réelle, autour d’un doublement à triplement du délai éjaculatoire, mais elle reste modeste en valeur absolue et ne doit pas être présentée comme une solution miracle. C’est un traitement sérieux, avec des contre-indications précises, qui mérite une vraie consultation médicale plutôt qu’un achat impulsif sur la base du seul nom commercial. »

Seule une consultation avec un médecin permet de confirmer l’indication, d’écarter les contre-indications, et d’évaluer si la dapoxétine est réellement la meilleure option parmi les traitements aujourd’hui disponibles.

Sources

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale personnalisée.

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Docteur sylvain

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